Niger : le pétrole attise les rivalités au sommet de la junte

Au Niger, l’or noir devient progressivement un enjeu majeur de pouvoir au sein de la junte militaire dirigée par le général Abdourahamane Tchiani. Derrière l’unité affichée depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, des fractures apparaissent désormais entre plusieurs figures influentes du régime autour du contrôle des ressources pétrolières et des leviers économiques stratégiques.

Selon plusieurs informations relayées par la presse spécialisée, notamment Africa Intelligence, le ministère du Pétrole traverse une période de fortes turbulences internes. Nommé au début de l’année 2026, Hamadou Tini verrait son champ d’action progressivement réduit sous l’effet des rivalités entre différents clans militaires proches du pouvoir.

Le secteur pétrolier représente aujourd’hui un enjeu capital pour les autorités nigériennes. Avec l’exploitation croissante du brut nigérien et les ambitions d’exportation à travers le pipeline reliant Agadem au port de Sèmè au Bénin, les revenus pétroliers sont devenus un instrument central de souveraineté économique pour Niamey. Dans un contexte marqué par les sanctions internationales, la rupture avec plusieurs partenaires occidentaux et les difficultés budgétaires, le contrôle de cette manne énergétique suscite naturellement des convoitises au sein de l’appareil d’État.

D’après plusieurs observateurs, certains hauts responsables militaires chercheraient à renforcer leur influence sur les décisions stratégiques liées aux contrats pétroliers, aux partenariats énergétiques et à la gestion des revenus issus du brut. Cette situation fragilise davantage Hamadou Tini, dont la marge de manœuvre semblerait limitée face aux luttes d’influence entre différents cercles du pouvoir.

Ces tensions internes interviennent alors que la junte nigérienne tente de consolider son autorité sur fond de défis sécuritaires persistants et de pressions diplomatiques régionales. Depuis la prise du pouvoir par le CNSP, le général Abdourahamane Tchiani s’efforce de maintenir un équilibre entre les différentes composantes de l’armée, tout en renforçant son contrôle sur les secteurs stratégiques de l’économie.

Mais la montée des rivalités autour du pétrole pourrait fragiliser davantage la cohésion du régime. Plusieurs analystes estiment que la bataille pour le contrôle des ressources énergétiques constitue désormais l’un des principaux foyers de tension au sein de la transition nigérienne. Dans un pays où les revenus tirés des matières premières restent déterminants pour la stabilité politique et économique, la question pétrolière apparaît plus que jamais au cœur des équilibres de pouvoir.

Au-delà des rivalités personnelles, cette situation révèle également les difficultés structurelles auxquelles sont confrontés les régimes militaires au Sahel : concentration du pouvoir, compétition entre clans sécuritaires et opacité dans la gestion des ressources stratégiques. Alors que le Niger cherche à redéfinir ses alliances internationales et son modèle économique, le pétrole devient ainsi à la fois un levier de souveraineté et une source potentielle de déstabilisation interne.

 

Lejour.info