Le pouvoir ne se donne pas et ne se ramasse pas dans les rues. Il s’arrache, et il s’arrache dans l’opposition qui aboutit à la négociation lorsque celui qui le détient arrive au bout du souffle.
Le constat actuel de l’opposition africaine est alarmant. Les opposants pensent que le pouvoir se ramasse dans les rues et se négocie dans la courbette. Les militaires savent la façon dont ils ont pris le pouvoir. Le pouvoir qui est arraché sera arraché, et celui qui a été pris de façon négociatoire se donnera par négociation, excepté de rares cas isolés.
Le continent africain, surtout la région ouest-africaine, traverse une crise politique énorme. L’arrivée des militaires au pouvoir, la fragilité de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qu’a occasionnée le retrait de certains pays, notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger, pour créer l’Alliance des États du Sahel (AES), ramènent l’Afrique dans une situation contrastée. Les militaires sont entre l’émotion du pouvoir et la courbette derrière les maîtres d’hier. Les opposants sont entre l’émotion politique et la courbette derrière les militaires. Les militaires sont entre les arrestations arbitraires, la banalité des intellos et la promotion de la médiocrité.
Dans cette réalité, certains opposants font la courbette derrière les militaires pour les privilèges, avec la prétention de négocier le pouvoir avec eux. Les militaires, à leur tour, arrêtent arbitrairement comme dernière solution et font espérer comme première solution. Avec l’espoir, ils se sont tus ; ils ont mis leur bouche dans leur poche avec la prétention de négocier le pouvoir. Les opposants sont dans cette posture, et les militaires font espérer à chaque communication. Cependant, les militaires, à leur tour, ne font pas confiance aux civils. Ils les prennent pour des malhonnêtes et les traitent comme tels. Ils sont prêts à éliminer quiconque avec l’argument : « Nous avons pris ce pouvoir dans le sang et quiconque ose nous déstabiliser sera éliminé. » Les ministres sont dépossédés de leur passeport après le service et sont obligés de chercher refuge dans les directions étatiques. Les opposants se sont alignés pour les privilèges et le peuple, par manque de repères, s’est aligné désespérément par crainte.
Dans cette réalité, les opposants oublient la logique du pouvoir. Le pouvoir qui a été arraché par les armes ne se donne pas, il s’arrache par les mêmes armes. Tandis que celui qui a été négocié sera négocié, excepté de rares cas isolés. Ils pensent que les militaires vont négocier le pouvoir, qu’ils vont le céder facilement et qu’en partant, ils vont le leur remettre. Chose qui n’est qu’une illusion pour aveugles. Au regard de ce fait, les questions se posent : les militaires céderont-ils le pouvoir par la voie électorale ? S’ils sont renversés, ceux qui prendront le pouvoir feront-ils des élections pour donner le pouvoir à un civil ? À quand le régime civil ? Le pouvoir qui est arraché sera arraché, et celui qui est pris par la voie électorale, dans la plupart des cas, excepté de rares cas isolés, sera transmis par la voie électorale.
Personnellement, étant démocrate, l’espoir est très minime que nous ayons des régimes démocratiques dans ces pays dans les dix années qui vont suivre. Pourtant, avec l’élan des choses, excepté le Burkina Faso d’Ibrahim Traoré, les autres se seraient perdus à mi-chemin. Plus marrant, dans ces pays où les militaires se seraient perdus à mi-chemin, c’est la perception des leaders politiques qui refusent de s’opposer malgré la perdition des prétendants sauveurs pour conquérir le pouvoir, qui ont préféré accepter le mal pour le mal dans la patience de la négociation aboutissant à la conquête du pouvoir. Au regard de cette perception, la question se pose : est-ce qu’un pouvoir qui est pris dans le sang sera transmis dans les urnes ? Cette situation mérite réflexion.
Dans un sermon d’une centaine d’aveugles, un aveugle voyant a décidé de présider le sermon.
C’est une réflexion humaine.
Dantouman Souleymane TRAORE
Journaliste enseignant et activiste.