Mort de Jamal Khashoggi : la justice française ouvre une enquête visant Mohammed ben Salmane

Huit ans après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, l’affaire connaît un nouveau rebondissement judiciaire en Europe. La justice française a décidé d’ouvrir une information judiciaire après le dépôt d’une plainte visant le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, souvent désigné sous les initiales « MBS ». Un juge d’instruction parisien est désormais chargé d’enquêter sur les circonstances de la mort du journaliste et sur d’éventuelles responsabilités au plus haut niveau de l’État saoudien.

La plainte, portée par des organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse, accuse notamment Mohammed ben Salmane de complicité de torture et de disparition forcée. Cette initiative judiciaire relance un dossier devenu emblématique des atteintes à la liberté de la presse dans le monde. Les ONG à l’origine de la procédure estiment que la justice française peut agir au nom de la compétence universelle, utilisée dans certains crimes graves à dimension internationale.

Jamal Khashoggi, journaliste saoudien et chroniqueur du Washington Post, avait été tué le 2 octobre 2018 à l’intérieur du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, en Turquie. Les autorités turques avaient affirmé qu’il avait été assassiné par un commando venu spécialement de Riyad avant que son corps ne soit démembré. Ce meurtre avait provoqué une onde de choc mondiale et placé l’Arabie saoudite sous une pression diplomatique intense.

Les services de renseignement américains avaient conclu à l’époque que l’opération avait très probablement été validée par Mohammed ben Salmane. Riyad a toujours rejeté ces accusations, tout en reconnaissant qu’une opération illégale avait été menée par des agents saoudiens sans autorisation officielle. Plusieurs personnes avaient été jugées et condamnées en Arabie saoudite, mais les organisations internationales avaient dénoncé un procès opaque et insuffisant.

L’ouverture de cette enquête en France marque une nouvelle étape dans l’internationalisation du dossier Khashoggi. Elle intervient dans un contexte où plusieurs capitales occidentales tentent de concilier leurs préoccupations sur les droits humains avec leurs intérêts stratégiques et économiques liés à l’Arabie saoudite, devenue un acteur incontournable sur les marchés énergétiques et dans les grands projets d’investissement mondiaux.

Pour les défenseurs de la liberté de la presse, cette décision de la justice française constitue un signal important contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes. Reste désormais à voir jusqu’où l’enquête pourra progresser sur le plan judiciaire et diplomatique face au poids politique du royaume saoudien et de son puissant prince héritier.

 

Jacques Keita