L’ancien ministre guinéen de la Défense nationale, Dr Mohamed Diané, a comparu ce jeudi 7 mai 2026 devant la chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), dans une audience particulièrement tendue marquée par des échanges musclés avec le parquet spécial et plusieurs zones d’ombre autour de la gestion du budget de souveraineté sous le régime d’Alpha Condé.
Poursuivi notamment pour détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux, l’ex-puissant ministre du précédent régime a dû répondre à une longue série de questions portant sur ses revenus, ses biens et la gestion des fonds publics durant ses différentes fonctions gouvernementales.
Dès l’ouverture des débats, le procureur spécial Alphonse Charles Wright a insisté sur l’origine de certains patrimoines attribués à Mohamed Diané ainsi que sur la traçabilité de plusieurs ressources financières mobilisées lorsqu’il occupait des postes stratégiques au sein de l’appareil d’État.
Face à la Cour, l’ancien ministre a affirmé ne plus disposer de nombreux documents administratifs et justificatifs, expliquant avoir perdu l’accès à ses archives à la suite des événements du 5 septembre 2021 ayant conduit à la chute du régime d’Alpha Condé.
L’audience a rapidement pris une tournure plus politique lorsque les interrogatoires se sont concentrés sur la gestion du budget de souveraineté de la présidence de la République.
Mohamed Diané, qui était présenté comme ordonnateur délégué de ces fonds, a soutenu qu’il n’était pas le seul responsable habilité à intervenir dans ce mécanisme financier. Il a notamment cité l’ancien gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Dr Louncény Nabé, comme autre acteur impliqué dans le processus.
Selon l’ancien ministre, les chèques liés au budget de souveraineté étaient signés sur instruction directe du chef de l’État et ne comportaient généralement aucune indication nominative autre que la mention « budget de souveraineté ». Il a également indiqué que cette délégation de signature reposait essentiellement sur des instructions verbales.
Mais après plusieurs questions insistantes du parquet sur ce dossier sensible, Mohamed Diané a fini par opposer un refus catégorique de poursuivre ses déclarations sur ce volet.
« Je ne répondrai plus à aucune question liée à la gestion du fonds de souveraineté du président de la République », a-t-il déclaré devant les juges.
Malgré les appels du président de l’audience l’exhortant à contribuer à « la manifestation de la vérité », l’ancien ministre est resté inflexible. « Je sais ce qui m’attend et j’accepte la volonté divine », a-t-il lancé dans une salle d’audience sous tension.
Les débats ont également été ponctués de vifs échanges entre le parquet spécial, les avocats de la défense et la partie civile. Les conseils de Mohamed Diané ont dénoncé certaines questions qu’ils jugent éloignées du cadre strict de la procédure, tandis que la partie civile accuse la défense de chercher à ralentir les débats.
Autre moment marquant de l’audience : l’ancien ministre a évoqué les conditions dans lesquelles il aurait quitté son logement administratif après la chute du pouvoir d’Alpha Condé. « Est-ce qu’il est normal de faire sortir un ministre de la Défense de sa maison sans préavis ? », a-t-il interrogé le procureur spécial, suscitant une réaction immédiate du parquet.
Concernant les budgets alloués au ministère de la Défense entre 2016 et 2021, Mohamed Diané a détaillé devant la Cour plusieurs montants cumulés se chiffrant à plusieurs milliers de milliards de francs guinéens.
Interpellé sur l’utilisation concrète de ces ressources, l’ancien ministre a répliqué au parquet : « C’est vous qui m’accusez de détournement de fonds publics. Apportez-en la preuve. »
À l’issue de cette audience particulièrement suivie, la CRIEF a ordonné la comparution de l’ancien gouverneur de la BCRG, Dr Louncény Nabé, afin d’éclairer la Cour sur les mécanismes de gestion du budget de souveraineté.
L’affaire a été renvoyée au 21 mai 2026 pour la poursuite des débats.
Mohamed Camara/Lejour.info