Dans les pays dits-confrontés au « terrorisme », il faut cesser de mentir aux peuples. En effet, à force de tout qualifier de « terrorisme », les pouvoirs en place ne cherchent pas à expliquer la crise : ils cherchent à s’en absoudre. Ce mot est devenu un paravent commode, une arme politique et un outil de manipulation. Il permet d’éviter la seule question qui dérange : qui a fabriqué l’instabilité ?
La réponse est claire : ce sont les États hypertrophiés, hyper centralisés et hyper présidentialistes.
Dans ces systèmes, l’instabilité n’est pas une dérive. Elle est une conséquence directe. Elle est le produit d’une architecture politique conçue pour confisquer le pouvoir, étouffer les territoires et neutraliser toute autonomie locale.
Le centre décide de tout, contrôle tout, capte tout. Les ressources nationales sont aspirées vers le sommet. Et, au-delà, vers les paradis fiscaux. Les décisions sont prises loin des réalités locales. Les territoires sont réduits à des espaces administrés, jamais gouvernés. La décentralisation ? Une illusion constitutionnelle. Un slogan sans contenu. Dans les faits, elle est sabotée, vidée de toute substance.
Les conséquences de cette situation sont souvent perceptibles : des populations abandonnées, des territoires marginalisés, une colère qui monte. Et face à cette colère, que fait l’État ? Il la criminalise.
En effet, l’hyper présidentialisme aggrave cette dérive. Il concentre le pouvoir entre les mains d’un seul homme et détruit méthodiquement tous les contre-pouvoirs. Dans ces régimes, il n’y a plus d’institutions solides, seulement des loyautés fragiles. Il n’y a plus de règles, seulement des relations. Il n’y a plus de responsabilité, seulement de l’impunité.
Quand tout dépend d’un seul centre, toute frustration devient une crise nationale. Quand tout est verrouillé, toute contestation devient une menace. Et quand toutes les voies légales sont fermées, certaines colères finissent par exploser.
Ce n’est pas du terrorisme. C’est le retour du réel.
La violence ne tombe pas du ciel. Elle est fabriquée. Elle naît de la mal gouvernance, de l’injustice, de la corruption systémique. Elle prospère là où les jeunes n’ont ni emploi, ni avenir, ni voix. Elle s’installe là où la justice est absente et où l’État est perçu non comme un protecteur, mais comme un prédateur.
Refuser de voir cette réalité, c’est choisir délibérément l’aveuglement. Pire, c’est entretenir les conditions mêmes de la violence que l’on prétend combattre.
Pendant ce temps, d’autres modèles existent. La Suisse n’a pas construit sa stabilité sur la répression ou la peur, mais sur la décentralisation réelle, l’équilibre des pouvoirs et la participation citoyenne. Là-bas, le pouvoir est partagé, contrôlé, réparti. Dans d’autres pays, comme les nôtres, il est simplement confisqué.
La différence est simple : là où le pouvoir est distribué, la stabilité est durable. Là où il est concentré, la crise est permanente.
Il faut donc avoir le courage de dire la vérité : l’instabilité est une responsabilité politique.
On ne combattra rien en envoyant des soldats là où il faudrait envoyer des réformes. On ne restaurera pas la paix en militarisant des territoires que l’on refuse d’écouter. On ne construira pas la stabilité en étouffant les peuples.
La seule issue est politique. Redistribuer le pouvoir vers les territoires. Restaurer de vrais contre-pouvoirs. Garantir une autonomie locale effective. Refonder la relation entre l’État et les citoyens sur la confiance et la responsabilité. Tout le reste n’est que diversion.
Pour conclure, il faut sortir du mensonge pour éviter le chaos. En effet, continuer à appeler « terrorisme » ce qui est en réalité une crise de l’État, c’est préparer les conflits de demain.
L’instabilité n’est pas une fatalité. Elle est le produit de choix politiques — souvent mauvais, parfois cyniques.
Et tant que ces choix ne seront pas corrigés, aucun discours sécuritaire, aucune opération militaire, aucune rhétorique de peur ne pourra contenir durablement ce qui est, au fond, une crise de justice et de gouvernance.
Ce n’est pas une guerre qu’il faut mener. C’est une refondation, vraie, qu’il faut engager.
Dr Faya Lansana Millimouno