Éditorial : Au-delà des discours, l’émancipation réelle des femmes guinéennes

La Journée internationale des femmes a été célébrée en différé ce mercredi 15 avril en Guinée. Au Stade Petit Sory de Nongo, le Président de la République, Mamadi Doumbouya, a fait acte de présence, écoutant attentivement les doléances des femmes sans prononcer de discours. Ce geste symbolique est louable, mais il ne saurait suffire. Car la réalité des Guinéennes, qu’elles vivent en ville ou en campagne, reste marquée par des difficultés profondes et persistantes qui exigent bien plus que des cérémonies protocolaires.

Dans les campagnes, la femme guinéenne porte encore le poids d’une triple journée : elle cultive les champs, va chercher l’eau et le bois, élève les enfants et assure les tâches domestiques. L’accès à l’éducation reste limité ; les filles sont souvent les premières retirées de l’école pour des mariages précoces ou pour aider aux travaux champêtres. Le taux d’analphabétisme féminin y est alarmant. Les infrastructures sanitaires sont insuffisantes : accoucher reste un risque mortel dans de nombreuses préfectures, faute de maternités équipées et de personnel qualifié. Les violences basées sur le genre, les mutilations génitales et les discriminations coutumières continuent de briser des vies.

En ville, le tableau n’est guère plus reluisant. Si certaines femmes ont réussi à percer dans le commerce, l’administration ou les professions libérales, la majorité fait face à un chômage endémique, à des salaires discriminatoires et à un harcèlement quotidien dans les lieux publics et les espaces de travail. L’accès au crédit, à la propriété foncière et aux postes de décision demeure un parcours du combattant. La femme guinéenne, même instruite, se heurte souvent au plafond de verre d’une société encore largement patriarcale où le pouvoir économique et politique reste concentré entre les mains des hommes.

Face à cette situation, un message clair doit être adressé aux femmes guinéennes : votre émancipation commence par vous-mêmes. Privilégiez votre formation. Investissez dans l’éducation, dans l’acquisition de compétences techniques et numériques. N’ayez pas peur d’aller à la conquête du pouvoir à tous les échelons : dans les quartiers, les communes rurales, les conseils de préfecture, l’Assemblée nationale, le gouvernement et les entreprises. L’histoire nous l’a montré partout dans le monde : ce sont les femmes instruites, organisées et audacieuses qui ont fait bouger les lignes. La Guinée a besoin de vous dans les lieux où les décisions se prennent. Ne vous contentez pas d’être consultées ; exigez d’être actrices principales.

Mais l’État ne peut se dérober. Il a l’obligation constitutionnelle et morale de créer les conditions réelles de cette émancipation. Cela va bien au-delà des discours et des célébrations tardives. Cela passe par des politiques concrètes et budgétisées : construction massive de lycées et collèges pour filles en milieu rural, gratuité effective de l’école pour les filles jusqu’au baccalauréat, formation professionnelle ciblée, accès prioritaire au microcrédit, lutte implacable contre les violences faites aux femmes avec des tribunaux spécialisés et des sanctions exemplaires, accès universel aux soins de santé maternelle, et surtout une véritable parité dans les nominations aux postes de responsabilité.

Que les prochaines éditions du 8 mars ne soient plus seulement des moments de paroles et de danses folkloriques, mais des journées d’inaugurations : inauguration d’une maternité moderne dans chaque préfecture, d’une école technique pour jeunes filles, d’un centre d’incubation pour entrepreneures, d’un programme national de lutte contre le mariage précoce. Que le 8 mars devienne le symbole tangible des avancées réalisées pour et par les femmes guinéennes.

La Guinée de demain ne se construira pas sans ses filles. Le Président Doumbouya, qui a écouté les doléances mercredi, a désormais la responsabilité historique de transformer ces paroles en actes. Les femmes guinéennes ne demandent pas la charité : elles réclament leur juste place dans la construction d’une nation souveraine, prospère et équitable.

Il est temps de passer des symboles aux résultats. L’avenir de la Guinée en dépend.

Par Fatoumata Camara/Lejour.Info