PARIS – Dans l’enceinte feutrée du Stade de France, samedi 28 mars, l’équipe nationale du Sénégal a disposé du Pérou (2-0) au terme d’une rencontre amicale dont l’enjeu dépassait largement le cadre d’une simple préparation printanière. Pour les hommes de Pape Thiaw, chaque faute sur la pelouse parisienne résonnait comme une affirmation de souveraineté, dix jours seulement après le séisme administratif provoqué par la Confédération africaine de football (CAF).
Une maîtrise technique imperturbable
Malgré une entame de match disputée face à une sélection péruvienne rugueuse, les Lions ont su faire preuve d’un flegme tout britannique, ou plutôt d’une résilience typiquement sénégalaise. L’ouverture du score est intervenue à la 41e minute : sur un service millimétré du jeune Ibrahim Mbaye — prodige du Paris Saint-Germain et révélation de la soirée — Nicolas Jackson a trompé Pedro Gallese d’une frappe florale.
Au retour des vestiaires, le Sénégal a accentué sa domination. À la 54e minute, Ismaïla Sarr a doublé la mise, scellant définitivement le genre d’une rencontre où les coéquipiers du capitaine Idrissa Gana Gueye n’ont jamais semblé douter. Cette victoire confirme clairement la vitalité d’un groupe qui refuse de se laisser déranger par les turbulences extra-sportives.
L’ombre de la CAN 2025 et l’imbroglio du « tapis vert »
Il était impossible, dans les travées du stade, d’ignorer le contexte pesant qui entoure la sélection. Le 17 mars dernier, le jury d’appel de la CAF a rendu une décision sans précédent : le retrait du titre de champion d’Afrique 2025 au Sénégal au profit du Maroc. En cause, le retrait momentané des joueurs du terrain lors de la finale à Rabat le 18 janvier, après l’invalidation d’un mais sénégalais et l’octroi d’un penalty aux Marocains.
Si la CAF a attribué une victoire 3-0 « sur tapis vert » au Maroc, invoquant une violation des articles 82 et 84 du règlement, le Sénégal a porté l’affaire devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS). À ce jour, la situation demeure dans un flou juridique total :
Le gel du titre : Le TAS a ordonné le 23 mars une mesure conservatoire suspendant les effets de la décision de la CAF.
La bataille des symboles : À Dakar, la Fédération sénégalaise (FSF) martèle qu’aucune décision n’ordonne la restitution du trophée ou des médailles.
Sur le terrain de Saint-Denis, les supporters sénégalais n’ont pas manqué de rappeler leur vérité, celle du rectangle vert. À la 18e minute, un hommage vibrant a été rendu aux supporters détenus au Maroc, transformant ce match amical en une tribune politique et identitaire.
Vers un printemps judiciaire
Alors que les Lions s’apprêtent à affronter la Gambie mardi prochain à Diamniadio, les salutations sont désormais tournées vers Lausanne. Le succès face au Pérou prouve que, si le titre est en suspens dans les bureaux de la CAF, la suprématie sportive du Sénégal, elle, ne souffre d’aucune contestation administrative. Pour le peuple sénégalais, le trophée reste à la maison, en attendant que le droit ne rejoigne, peut-être, la réalité du terrain.
Lejour.Info