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Pour Souleymane du Lynx et nos devanciers ( Par Alpha Abdoulaye Diallo)

Notre pays, uni à la communauté internationale, a rendu un ultime et vibrant hommage, le 11 juin 2026, au cours d’un symposium organisé au Palais du Peuple, à Souleymane Diallo, fondateur du journal Le Lynx, rappelé à Dieu le 1er juin dernier au Canada, à 81 ans, des suites de maladie.

S’il repose désormais en paix à Labé sur la terre de ses illustres ancêtres, le départ de ce géant nous impose aujourd’hui un impératif moral, celui d’inscrire son héritage exceptionnel dans le marbre de la postérité républicaine. Il faut dire que, pionnier absolu d’une presse libre, critique et rigoureusement responsable, Souleymane Diallo demeure l’un des bâtisseurs de notre édifice démocratique et institutionnel, des années 90 à nos jours. Souvenez-vous de sa célèbre chronique « Juste un mot », en page 3 du Le Lynx, qui faisait foi chaque semaine comme un verdict de justice !

Pour nous, éditeurs, cet homme imprime un modèle absolu de ténacité car, face aux tempêtes techniques, au manque de rotatives et aux routes impossibles, il déployait sans cesse des trésors d’ingéniosité. C’est ainsi qu’il confiait ses précieux paquets de journaux aux chauffeurs routiers pour nourrir le droit à l’information, jusqu’aux frontières les plus reculées.

Ce patron debout a fait de l’indépendance un sacerdoce. Et, plus encore, il fut le législateur d’avant-garde qui a mené le combat historique pour la dépénalisation des délits de presse. Notre démocratie lui doit son plus beau sésame, la Loi organique L002 du 22 juin 2010, et il est moralement impossible de citer ce texte fondateur sans y associer son esprit courageux, lui qui fut aussi le correspondant rigoureux de Reporters Sans Frontières.

C’est pourquoi, face à un tel héritage, les mots ordinaires ne suffisent plus et sa mémoire mérite désormais un acte de reconnaissance nationale qui soit à la fois solennel et durable.

Au nom du devoir de mémoire et de la République reconnaissante, unissons nos écrits, nos voix et nos visuels pour solliciter officiellement que le nom de Souleymane Diallo s’inscrive, en lettres d’or, au fronton de notre histoire commune.

Très concrètement, trois voies s’offrent à nous, à savoir le baptême de son nom à la loi historique sur la liberté de la presse, l’attribution de ce même parrainage à la Maison de la Presse, ou une grande artère de notre capitale baptisée rue Souleymane Diallo Le Lynx.

Et n’oublions pas que ses devanciers et contemporains, comme le journaliste Amirou Barry de l’AGP, ancien correspondant de l’AFP, décédé le 31 mai 2026 à Conakry, et l’ancien ministre de l’Information Rachid N’Diaye, rappelé à Dieu le 3 juin 2026 à Paris, le méritent tout autant.

Ensemble, ne laissons pas la poussière du temps s’installer sur leurs combats ! Protégeons activement cet héritage et faisons de leurs noms les synonymes éternels de la liberté de la presse en Guinée.

 

Par Alpha Abdoulaye Diallo in Le Populaire du 15 juin 2026