Session extraordinaire de l’Assemblée nationale : ratification de quatre accords de financement et examen d’un projet de loi d’habilitation
Ce lundi 3 août 2026 à 17 H, lors de la 1ère séance plénière de la 10ᵉ législature de la 5ᵉ République, les honorables députés ont examiné et ratifié quatre accords de financement transmis par le Gouvernement et le projet de loi d’habilitation autorisant le Président de la République à légiférer par ordonnances durant les vacances parlementaires.
Parmi les 4 accords de financement examinés, 3 ont retenu mon attention. Le premier concerne un prêt additionnel de 16,25 millions d’unités de compte, soit 26,12 millions de dollars américains, conclu avec le Fonds africain de développement pour le financement complémentaire du projet d’interconnexion électrique 225 kV Guinée Mali. Ce prêt est accordé à un taux d’intérêt nul, avec une commission de service de 1 % par an sur le solde décaissé et non remboursé, une commission d’engagement de 0,75 % sur le solde non décaissé après 120 jours suivant la signature, et une durée de remboursement de 50 ans, dont 10 ans de grâce.
Le deuxième accord porte sur une facilité de financement couverte par la CESCE pour la construction de la Route nationale 29 (RN29) entre Faranah et Dabola, confiée à l’entreprise espagnole Propav Infraestructuras S.L. Le montant total de la facilité s’élève à 229,72 millions d’euros, dont 95 % du contrat d’exportation sont financés. Le prêt est assorti d’un taux d’intérêt de 1,50 % au-dessus de l’EURIBOR, d’une échéance de 13,5 ans et prévoit que 95 % des biens et services proviendront de fournisseurs espagnols, polonais et italiens.
Le troisième accord concerne un crédit commercial bancaire d’Ecobank Guinée SA de 30,88 millions d’euros pour financer la quote part guinéenne du projet de centrale solaire photovoltaïque de 50 MWc de Kamissaya. Ce crédit est accordé à un taux d’intérêt de 10 % HT + 5 % TAF, avec des commissions et frais, une garantie totale de plus de 430 milliards de GNF, une échéance de 7 ans et une renonciation de la République de Guinée à son immunité de juridiction et d’exécution.
À la lecture de ces trois accords, certaines questions se posent. D’abord, une part importante de ces financements repose sur le marché financier et les investissements privés, ce qui traduit une forte dépendance aux ressources extérieures plutôt qu’à la mobilisation des ressources internes (impôts, taxes, dividendes…)
De plus, les deux projets du secteur énergétique révèlent l’incohérence dans les conditions de financement. Le projet d’interconnexion électrique bénéficie d’un prêt concessionnel à taux nul sur 50 ans, tandis que la centrale solaire de Kamissaya est financée par un crédit commercial coûteux et remboursable à taux d’intérêt de 15 % en seulement 7 ans. Cette situation soulève une question : pourquoi l’État n’a-t-il pas davantage mobilisé des financements concessionnels pour les deux projets du même secteur au lieu de recourir à un crédit commercial plus onéreux ?
Par ailleurs, les deux projets visent à améliorer l’accès à l’électricité. Cependant, qu’en est-il des priorités énergétiques nationales existantes, notamment les barrages de Kaléta (240 MW) et de Souapiti (450 MW), dont les performances dépendent fortement de la disponibilité des ressources en eau ?
Ensuite, dans le cadre de la construction de la RN29, 95 % des biens et services sont fournis par des partenaires étrangers, qu’en est-il donc de la valorisation du contenu local, du transfert de compétences et de la participation des entreprises guinéennes ?
Personnellement, ces 3 accords, examinés et ratifiés par les honorables députés, constituent sans aucun doute une avancée majeure pour le développement national. Toutefois, leur analyse met en évidence des interrogations sur le choix de modes de financement, le coût de certains emprunts, la valorisation du contenu local et la cohérence des priorités d’investissement.
Dantouman Souleymane TRAORÉ
Journaliste, activiste, enseignant
Assistant parlementaire
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