REPORTAGE. Dans le district de Gomba Waliah, à une trentaine de kilomètres du chef-lieu de la préfecture de Kindia, plus de 160 élèves tentent de suivre leur scolarité dans des infrastructures de fortune. Entre précarité matérielle et risques sécuritaires, le secteur de Dar-es-Salam illustre les fractures persistantes de l’accès à l’instruction en zone rurale.
Au cœur de la localité enclavée de Dar-es-Salam, l’école ne ressemble pas aux édifices républicains habituels. En l’absence de bâtiments modernes, l’instruction se dispense sous des hangars rudimentaires, faits de paille et de rameaux. Ici, 160 écoliers, répartis du cours préparatoire au cours élémentaire, se confrontent quotidiennement à une réalité pédagogique brutale.
Un quotidien au rythme des aléas climatiques
L’initiative de ces abris revient aux parents d’élèves qui, devant l’absence d’infrastructures étatiques, ont mobilisé des matériaux locaux pour offrir un semblant de cadre éducatif à leurs enfants. Mais la volonté communautaire se heurte vite aux limites de la précarité.
« Les conditions sont éprouvantes », confie Ousmane Bangoura, enseignant communautaire au sein de cette école franco-arabe. « Dès les premières recueillies, le processus d’apprentissage s’interrompt. Ces hangars ne protègent ni du vent ni de la pluie. Sans clôture ni porte, les lieux sont régulièrement envahis par les animaux, et le mobilier, déjà vétuste, se dégrade à vue d’œil. »
L’insécurité est également physique. Lansana Camara, responsable de la jeunesse locale, souligne la dangerosité des lieux : « En saison sèche, les enfants subissent une chaleur accablante. Plus grave encore, des animaux errants et parfois des serpents s’introduisent dans ces espaces ouverts. »
Le cri du cœur d’une jeunesse oubliée
Malgré ce dénuement, la soif d’apprendre demeure intacte. Les témoignages des élèves, tels que ceux de Djibril Tata Sylla ou Salématou Alya Camara, convergent vers un même constat : le sentiment d’une inégalité profonde vis-à-vis des écoliers des centres urbains. « Nous voulons étudier comme les enfants en ville », plaide la jeune Salématou, dont les fournitures sont souvent détruites par les intempéries.
L’envoi des enfants vers Kindia ou Conakry restant un luxe inaccessible pour la majorité de ces familles modestes, la construction d’une école moderne apparaît comme l’unique levier de désenclavement intellectuel.
À Dar-es-Salam, l’urgence n’est plus seulement éducative, elle est sociale. Les populations tournent désormais leur regard vers les autorités éducatives et les partenaires au développement, espérant que l’ambition nationale pour l’éducation finira par franchir les limites de leur quartier.
Amadou Sylla/Lejour.Info
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