Le 17 juillet prochain, l’ancien président sénégalais Macky Sall foulera de nouveau le sol de son pays pour la première fois depuis son départ du pouvoir en avril 2024. Ce retour, très attendu, sera marqué par une audience avec son successeur, le président Bassirou Diomaye Faye.
Au-delà de la portée symbolique de cette rencontre, elle intervient dans un contexte politique particulièrement sensible, marqué par des divergences de plus en plus visibles entre le chef de l’État et son Premier ministre, Ousmane Sonko, ainsi que par la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU).
Officiellement, l’entretien devrait être consacré à la candidature de l’ancien chef de l’État à la tête de l’ONU. Pour espérer succéder à António Guterres, Macky Sall a besoin du soutien diplomatique de son pays. Or, jusqu’à présent, les autorités sénégalaises sont restées prudentes sur leur position, tandis que sa candidature a suscité un vif débat au sein de la classe politique nationale et n’a pas obtenu le soutien de l’Union africaine. Cette rencontre pourrait donc permettre de clarifier la position officielle de Dakar et d’évaluer les conditions d’un éventuel appui à cette ambition internationale.
Cette rencontre intervient surtout à un moment où les relations entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko semblent traverser une période de fortes turbulences. Depuis plusieurs semaines, les différences d’approche sur la conduite des affaires de l’État apparaissent de plus en plus ouvertement. Alors que le président Faye privilégie une posture institutionnelle et diplomatique, Sonko multiplie les prises de position politiques, alimentant les spéculations sur l’existence de divergences stratégiques au sommet de l’exécutif.
Dans ce contexte, Macky Sall pourrait chercher à prendre la température du nouveau pouvoir tout en affichant une image d’homme d’État soucieux de préserver les intérêts supérieurs de son pays. Une attitude de responsabilité républicaine renforcerait son profil international au moment où il sollicite les suffrages des États membres des Nations unies.
Pour Bassirou Diomaye Faye, recevoir son prédécesseur constitue également un exercice d’équilibre. En acceptant cette audience, il envoie un signal d’ouverture institutionnelle et de continuité de l’État, sans pour autant signifier un rapprochement politique avec l’ancien régime. Le chef de l’État devra toutefois composer avec une partie de sa majorité, notamment les partisans les plus radicaux de Pastef, qui restent très critiques à l’égard de Macky Sall.
Au-delà des enjeux personnels, cette rencontre pourrait aussi porter sur les grands défis diplomatiques et sécuritaires auxquels le Sénégal est confronté : la stabilité de l’Afrique de l’Ouest, les mutations de la CEDEAO, les crises au Sahel, les investissements internationaux ou encore la place du Sénégal dans les grandes organisations multilatérales. Sur ces questions, l’expérience internationale de Macky Sall pourrait nourrir des échanges dépassant les clivages partisans.
Quelles que soient les conclusions de cette audience, le rendez-vous du 17 juillet s’annonce comme un moment politique majeur. Il sera observé avec attention à Dakar comme dans les capitales africaines et occidentales. Entre quête d’un soutien pour l’ONU, démonstration de maturité institutionnelle et recomposition du paysage politique sénégalais, cette première rencontre officielle entre Macky Sall et Bassirou Diomaye Faye pourrait ouvrir une nouvelle séquence de la vie politique sénégalaise, à un moment où le pays cherche encore son nouvel équilibre.
Lejour.info