Tribune/ « Les hommes oublient plus facilement la mort de leur père que la perte de leur patrimoine. »  Machiavel (Par Dantouman Souleymane TRAORÉ)

Le pouvoir ne sert pas l’individu par sa beauté ni par sa bonté. Il sert l’intérêt du peuple. Lorsque tu le sers, il te protège, mais lorsque tu cesses de le servir, tu es rejeté au profit de celui qui servira ses intérêts et ceux de celui qui le gère. La propagande sert le pouvoir et ses entrepreneurs, mais seulement pour un temps.

Ces élections sont loin d’être véritables, c’est un duel entre le pouvoir et les citoyens. Les citoyens ont choisi ceux qui peuvent agir. Pourtant, ce choix constitue une menace pour le pouvoir.  Quant au pouvoir, lui, a choisi ceux qui peuvent servir ses intérêts. Dans ce duel, les citoyens n’osent pas, les leaders se sont tus, les candidats adverses sont menacés, et ceux qui osent hausser le ton sont arrêtés puis libérés après le processus. Pour faire élire les choix du pouvoir, il a fallu modifier les procès-verbaux. Cela fait que dans les bureaux de vote, les procès-verbaux sont arrivés après le départ des délégués des partis politiques afin d’imposer les choix du pouvoir.

Au-delà, sur la liste nationale, le déroulement des élections donne l’impression d’une machine programmée à l’avance. Dans cette machine, le ratio des partis a été réparti de gré à gré, certains leaders connaissant déjà leur sort avant même la proclamation des résultats. Cela se voyait sur les visages, dans la retenue des leaders politiques, dans leurs appréciations et leur silence. Cela se résume par cette expression « Qui ne s’oppose pas dans une élection consent. » C’était un maquillage politique destiné à vendre l’illusion d’élections crédibles et transparentes aux institutions internationales. Sinon, sans quoi, c’était une sélection.

Pour les têtes de liste de la GMD, ils doivent comprendre que le pouvoir n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts. Ceux qui servaient le pouvoir hier ne sont plus réputés. Ils sont mal vus par la majorité du peuple, et cela nuirait à la réputation de l’État s’il continuait à se servir. C’est ce qui ferait que certaines têtes de liste de la GMD ne seront pas réélues à la tête de leur commune. Le plus hurlant serait que, dans cet échec, ils se sentiront trahis, ce qui explique la réaction de Aly Badra Koné, qui se serait exposé à la risée populaire.

Cette situation me rappelle parfaitement ce principe machiavélique « Les hommes oublient plus facilement la mort de leur père que la perte de leur patrimoine. » De façon tic-tac, la mort du père est un événement douloureux, mais elle est perçue comme inévitable.  En revanche, la perte du patrimoine touche ce qui garantit la puissance, la sécurité et l’avenir. C’est pourquoi Machiavel insinue qu’il faut utiliser les hommes puis les rejeter si nécessaire, car ils ne sont pas gouvernés par la fidélité ou la gratitude, mais par leur intérêt. Les appuis d’hier ne servaient pas, ils se servaient. Et lorsque le pouvoir n’est plus servi, il les rejette, conformément à ce que préconise Machiavel.

Bonne chance aux heureux élus. Mais le sort de ceux qui ont géré et qui sont aujourd’hui jetés devrait leur servir de leçon de morale.

Au-delà, les cadres de ce régime qui n’ont pas appris de l’histoire de ceux qui ont péri dans la demeure doivent en tirer les enseignements. De toute façon, personne ne sortira grandi de cette histoire, et l’histoire nous donnera des précisions au fur et à mesure.

 

Dantouman Souleymane TRAORE 

Journaliste enseignant et activiste.

dantoumantraore629@gmail.com