Guinée : les rumeurs autour d’un retour au FCFA agitent le débat politique

Depuis plusieurs semaines, des spéculations circulent dans certains cercles politiques et sur les réseaux sociaux autour d’une prétendue proposition du président français Emmanuel Macron à son homologue guinéen Mamadi Doumbouya concernant une éventuelle intégration de la Guinée dans la zone FCFA.

À ce jour, aucune annonce officielle, ni de l’Élysée ni de la présidence guinéenne, ne confirme l’existence d’un tel projet. Aucun document diplomatique public ni déclaration gouvernementale crédible ne fait état de négociations formelles sur une adhésion de la Guinée à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ou à la monnaie FCFA.

Ces rumeurs apparaissent toutefois dans un contexte de rapprochement diplomatique visible entre Paris et Conakry. Ces derniers mois, les échanges entre Emmanuel Macron et Mamadi Doumbouya se sont multipliés. En avril 2026, un émissaire du président français a été reçu au Palais Mohammed V à Conakry avec un message personnel de l’Élysée et une invitation officielle adressée au chef de l’État guinéen pour une visite en France.

Quelques semaines plus tard, les deux dirigeants se sont entretenus en marge du sommet Africa Forward organisé à Nairobi. Selon la présidence guinéenne, Emmanuel Macron se serait déclaré « impressionné » par les réformes engagées en Guinée et par la stabilité économique du pays sous la direction de Mamadi Doumbouya.

Ce réchauffement des relations franco-guinéennes intervient après plusieurs années de relative distance diplomatique entre les deux pays. Depuis son arrivée au pouvoir à la suite du coup d’État de septembre 2021, Mamadi Doumbouya a progressivement repositionné la Guinée sur l’échiquier international en multipliant les partenariats avec la Chine, la Turquie, les pays du Golfe et la Russie.

Dans ce contexte, certains observateurs estiment que Paris chercherait à renforcer de nouveau son influence à Conakry, notamment face à la montée de nouveaux acteurs internationaux dans le secteur minier guinéen. La Guinée possède en effet les plus importantes réserves mondiales de bauxite ainsi que d’importants projets stratégiques autour du fer de Simandou.

Mais l’hypothèse d’un retour de la Guinée dans la zone FCFA reste politiquement sensible et économiquement complexe. Depuis 1960, sous la présidence d’Ahmed Sékou Touré, la Guinée dispose de sa propre monnaie nationale, le franc guinéen, considéré comme un symbole fort de souveraineté économique et politique.

Toute perspective d’abandon de cette monnaie nationale susciterait probablement d’importants débats au sein de l’opinion publique guinéenne, dans un contexte où le FCFA demeure fortement critiqué dans plusieurs pays africains par des mouvements panafricanistes et souverainistes.

À ce stade, les éléments disponibles montrent davantage une volonté de rapprochement diplomatique et économique entre Paris et Conakry qu’un véritable projet monétaire structuré. Les discussions officielles connues entre les deux États portent principalement sur la coopération économique, les investissements, les infrastructures et les relations bilatérales.

En l’absence de confirmation officielle, la thèse d’une proposition française sur le retour de la Guinée dans la zone FCFA relève donc davantage de la spéculation politique que d’un projet clairement établi.

 

Barķindo Modjelo