À quelques mètres des ateliers baignés d’odeurs de teinture et de savon, le va-et-vient est constant. À Kindia, la coopérative des teinturières incarne depuis des années un pilier du secteur artisanal local. Pourtant, derrière l’effervescence apparente, la réalité est plus nuancée, marquée par des difficultés économiques croissantes.
Mais au-delà de l’activité économique, le site révèle aussi une dimension sociale inattendue. Non loin des ateliers, des enfants récitent leurs leçons dans des salles modestes. Une école primaire y a été progressivement mise en place pour répondre à un besoin pressant. « À une époque, les enfants restaient sans encadrement. Pendant la guerre en Sierra Leone, deux salles de classe avaient été construites à l’initiative du président Lansana Conté. Avec le temps, nous avons agrandi l’école », raconte le gestionnaire.
Pourtant, dans les ateliers, les visages se ferment dès qu’il est question des conditions de travail. Assise devant une bassine, Mabinty Bangoura ne cache pas son inquiétude. « Le tissu devient difficile à trouver et les prix ne cessent d’augmenter. Un plateau de bougies est passé de 130 000 à 210 000 francs guinéens, le tissu de 400 000 à 430 000 FG, et le guéziner de 3 400 000 à 4 200 000 FG », énumère-t-elle, le regard préoccupé. Pour ces femmes, dont les revenus dépendent entièrement de cette activité, la situation devient de plus en plus intenable.
Malgré tout, la vie continue dans la cour de la coopérative. Les gestes restent précis, les couleurs éclatantes. Entre solidarité et lutte quotidienne, les teinturières de Kindia s’accrochent à leur savoir-faire, déterminées à préserver une activité qui dépasse le simple cadre économique : un véritable héritage culturel.
Amadou Sylla/Lejour.info
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