Lu ailleurs/.En Guinée, le cirque numérique de Maya La Solution et Yama Séga

ZLes bisbilles sur les réseaux sociaux entre l’influenceuse et la chanteuse ont provoqué des restrictions sur internet et une mise en branle de la justice. Elles ont toutes deux été condamnées à de la prison avec sursis.

L’influenceuse Maya La Solution et la chanteuse Yama Séga ont été condamnées, ce 20 avril, à deux ans de prison avec sursis et à des amendes de 40 millions de francs guinéens (environ 3 850 euros). Les deux personnalités, jadis amies, ont également l’interdiction de publier sur les réseaux sociaux ou tout autre système informatique pendant une durée de deux ans, hors publications strictement liées à leurs activités professionnelles.

Car c’est bien le procès de l’usage d’internet qui vient de se tenir, de même que, hors du prétoire, celui du rapport du régime à la censure en ligne.

Tollé après le blocage des réseaux sociaux

Tout débute quand Mariama Kaba – le vrai nom de Maya La Solution – publie un live sur Facebook depuis la Turquie. Elle y affirme que, contrairement à des rumeurs diffusées par des haters, elle ne s’est pas rendue dans le pays d’Erdogan pour y subir une opération de chirurgie esthétique. Sans être citée, Yama Séga se sent visée, fière d’avoir été « la première artiste guinéenne à faire de la chirurgie esthétique ». Au live de l’influenceuse répond un live de la chanteuse. Les propos dégénèrent et les autorités justifient par cet épisode une coupure des réseaux sociaux le 15 avril.

Avant que la justice n’entre en jeu, la Haute autorité de la communication de Guinée (HAC) avait déjà dénoncé « des attaques verbales, des informations non vérifiées et des messages nuisibles à la cohésion sociale ». Sans que cela ne soit explicitement annoncé ni par le régulateur ni par les opérateurs de téléphonie ni par les fournisseurs d’accès, des restrictions ciblées de navigation sont alors apparues sur plusieurs plateformes telles que Facebook, Messenger, YouTube ou TikTok. L’accès à ces réseaux est revenu à la normale le 17 avril, après de vives protestations de la société civile. Citée par RFI, l’association des blogueurs de Guinée (Ablogui) a appelé au « rétablissement immédiat » des réseaux sociaux et dénoncé un atteinte aux libertés fondamentales.

La polémique a poussé le président Mamadi Doumbouya à s’exprimer, dans un message publié sur la plateforme X, affirmant que « les propos injurieux, les discours de haine et les divisions ne sauraient constituer une voie pour bâtir la Guinée ».

Contrition tardive

Convoquées au tribunal, les deux fauteuses de trouble ont quant à elles été reconnues coupables de « production, diffusion et mise à disposition de données de nature à troubler l’ordre public, la sécurité publique ou à porter atteinte à la dignité humaine, par le biais d’un système informatique » et d’« expressions outrageantes et méprisantes », ainsi que d’« allégations portant atteinte à l’honneur et à l’intégrité de personnes ou de groupes ».

Manifestement échaudées par la dimension nationale, politique et judiciaire de cette affaire, les deux personnalités ont, un peu tard, fait amende honorable. Elles se sont excusées publiquement auprès « du peuple de Guinée ».

 

Jeune Afrique 

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