Koliady 1 (Kindia) : les femmes maraîchères se battent pour faire vivre leurs familles et lancent un appel à l’aide

À Koliady 1, dans le secteur Boussoura relevant de la commune urbaine de Kindia, des femmes maraîchères luttent chaque jour pour assurer la survie de leurs familles. Entre le coût élevé des intrants agricoles, le manque d’eau et l’absence d’infrastructures, ces travailleuses de la terre poursuivent leur activité avec courage. En ce mois de mars consacré aux droits des femmes, elles lancent un appel pressant aux autorités et aux personnes de bonne volonté pour améliorer leurs conditions de travail.

Au petit matin, alors que la ville de Kindia se réveille à peine, plusieurs femmes sont déjà à pied d’œuvre dans les jardins potagers de Koliady 1. Houe à la main, bassines d’eau sur la tête ou semences dans les mains, elles s’activent dans les champs pour cultiver laitue, piments, oignons et autres légumes destinés aux marchés locaux.

Pour ces femmes, le maraîchage n’est pas seulement une activité agricole : c’est une véritable bouée de sauvetage économique pour leurs familles.

Un travail exigeant mais vital

Sous un soleil parfois écrasant, Mamaïssata Camara décrit les différentes étapes du travail dans ces jardins et les sacrifices qu’il exige.

Selon elle, tout commence par la préparation des sols. « Pour démarrer le jardin potager, nous achetons d’abord les déchets organiques que nous mettons dans les buttes pour fertiliser la terre. Ensuite, nous semons les graines. Lorsqu’elles poussent, nous les repiquons dans le champ déjà préparé. Après cela, nous utilisons de l’engrais et certains produits pour entretenir les légumes », explique-t-elle.

Une fois les cultures arrivées à maturité, les récoltes sont transportées vers les marchés de la ville.

« C’est grâce à ce travail que nous nourrissons nos familles. Nous payons aussi la scolarité de nos enfants, leurs soins de santé et leurs vêtements. Mais les produits agricoles coûtent très cher. Le chargement de déchets peut atteindre 120 000 francs guinéens et un sac d’engrais peut coûter jusqu’à 480 000 francs », déplore-t-elle.

Face à ces charges élevées, Mamaïssata Camara estime que l’appui des autorités devient indispensable.

« Nous demandons aux autorités et aux personnes de bonne volonté de nous aider à obtenir des engrais et d’autres produits agricoles. Ici, il n’y a même pas de route. Nous nous débrouillons comme nous pouvons pour travailler », ajoute-t-elle.

Le manque d’eau, un défi quotidien

Parmi les difficultés les plus préoccupantes figure le problème d’accès à l’eau. Mariame Sylla explique que cette situation complique fortement l’entretien des cultures.

« Nous cultivons la laitue et plusieurs autres légumes pour nourrir nos familles. Mais le manque d’eau nous fatigue énormément. Je viens au jardin dès 6 heures du matin pour réussir à avoir un peu d’eau pour arroser les légumes. Après cette heure, il devient presque impossible d’en trouver, sauf parfois la nuit », confie-t-elle.

Pendant la saison sèche, les maraîchères doivent redoubler d’efforts pour maintenir leurs cultures en vie.

« Nous demandons à l’État de nous aider à régler ce problème d’eau et à nous fournir des engrais. Pendant la saison sèche, nous souffrons beaucoup », insiste-t-elle.

Des champs fragilisés par l’exploitation du sable

Au-delà des difficultés liées aux intrants et à l’eau, certaines maraîchères dénoncent également l’impact des activités d’extraction de sable et de graviers dans la zone.

Fatoumata Camara, mère de cinq enfants, affirme que ces activités ont déjà détruit une partie des terres cultivées.

« Toute ma famille dépend de ce jardin potager. J’ai cinq enfants et c’est grâce à ce travail que je prends soin de leur santé et de leur éducation », explique-t-elle.

Selon elle, les carrières de sable installées à proximité des champs aggravent la situation.

« Les carrières de sable et de graviers ont déjà détruit une partie de nos champs. Pendant l’hivernage, cela abîme souvent nos cultures. Nous avons aussi du mal à trouver les déchets que nous utilisons comme fertilisant », ajoute-t-elle.

À cela s’ajoute l’état dégradé des routes.

« Nos routes sont en très mauvais état. Quand nous récoltons les légumes, nous sommes obligées de les porter sur la tête jusqu’à la route principale pour pouvoir les transporter vers le marché », déplore-t-elle.

Le déclin des organisations de soutien

La présidente du groupement Sobè, Mamata Camara, regrette pour sa part la disparition progressive des structures d’entraide qui soutenaient autrefois les femmes de la zone.

« Notre groupement comptait environ trente femmes. Mais aujourd’hui, il n’est presque plus actif faute d’accompagnement », explique-t-elle.

Pourtant, souligne-t-elle, le maraîchage a permis à plusieurs femmes d’améliorer leur niveau de vie.

« Grâce à cette activité, nous nourrissons nos familles et nous finançons les études de nos enfants. Certaines femmes ont même réussi à construire des maisons grâce aux revenus du maraîchage », affirme-t-elle.

Mais sans appui technique ni matériel, ces initiatives peinent désormais à se maintenir.

Un appel aux autorités

Malgré les obstacles, les maraîchères de Koliady 1 restent convaincues du potentiel économique de leur activité.

« Le maraîchage nous offre beaucoup d’opportunités. Grâce à ce travail, nous pouvons nous nourrir, acheter certains biens et même construire. Mais les difficultés restent nombreuses », souligne une autre cultivatrice.

À l’occasion du mois de mars dédié aux droits des femmes, ces travailleuses rurales espèrent que leur situation sera entendue.

Leur message est clair : elles demandent un soutien concret, notamment l’aménagement de points d’eau, la réhabilitation des routes d’accès aux champs et un appui en intrants agricoles.

Autant de mesures qui pourraient non seulement améliorer leurs conditions de travail, mais aussi renforcer la production maraîchère locale et contribuer à la sécurité alimentaire dans la région de Kindia.

Amadou Sylla/Lejour.Info 

Tél 625 61 51 91