Tribune : Pour une refondation de l’architecture gouvernementale en Guinée ( Par Boubacar Diakhaby)

Au lendemain de la démission du gouvernement dirigé par M. Amadou Oury Bah, l’heure n’est plus seulement au remaniement des hommes, mais à la réinvention de nos structures. Entre décentralisation des pouvoirs et valorisation de l’expertise locale, voici cinq axes pour une « ossature » gouvernementale nouvelle. C’est une proposition de Boubacar Diakhaby dans une lettre ouverte au président de la République, 

 

Monsieur le Président,

Le départ de l’équipe gouvernementale sortante marque un tournant symbolique pour notre nation. C’est dans cette perspective de renouveau que je me permet de soumettre à votre haute attention cinq propositions concrètes visant à repenser la structure de notre futur exécutif.

1. L’affirmation de l’identité nationale : une appellation authentique

Conformément à l’esprit de la Constitution du 21 septembre 2025, qui consacre l’inclusivité de nos langues nationales, le futur gouvernement ne devrait pas se contenter d’une appellation protocolaire classique. À l’instar de l’aéroport international Ahmed-Sékou-Touré, l’exécutif gagnerait à porter un nom issu de notre patrimoine linguistique — tel que « Santigui » ou tout autre terme évocateur. Cet acte premier marquerait l’ancrage de l’État dans ses racines culturelles.

2. Vers une décentralisation ministérielle : les ministères provinciaux

L’hypercentralisation administrative à Conakry est un frein au développement. Pour une Guinée agricole et touristique, il devient impératif de délocaliser physiquement certains départements. Il s’agirait de créer des ministères provinciaux autonomes , installés au cœur des zones de production. À titre d’exemple, une phase pilote pourrait voir le jour avec l’implantation du ministère de l’Agriculture et de l’Élevage dans des préfectures stratégiques comme Kindia, Pita ou Nzérékoré. Cette proximité géographique, couplée à une règle d’or de redevabilité, permettra un impact direct sur le quotidien des citoyens, notamment pour les Travaux publics, la Promotion féminine ou le Tourisme.

3. Le savoir-faire plutôt que le seul prestige des diplômes

Monsieur le Président, l’expérience nous indique que la pertinence d’un curriculum vitae ne garantit pas l’efficacité sur le terrain. Si la communication est un art maîtrisé par beaucoup, le « savoir-faire » administratif reste le véritable goulot d’étranglement de nos réformes. Il convient donc de privilégier les cadres ayant fait leurs preuves au sein de l’administration guinéenne. Sans écarter la diaspora, dont l’apport est précieux, celle-ci gagnerait à être intégrée dans des rôles d’adjoints dans un premier temps, afin de maîtriser les réalités du système local avant d’en prendre les rêves.

4. Un équilibre générationnel : l’expérience au conseil, la jeunesse à l’action

Pour garantir la pérennité de l’État, je propose une répartition claire des rôles au sein de chaque département :

La Direction aux expérimentés : Confier les postes de direction à ceux qui totalisent plus de 25 ans de service sans faute majeure. Leur mémoire institutionnelle est la garantie de la stabilité.

L’Exécution à la jeunesse : Faire des jeunes la « cheville ouvrière » des feuilles de route ministérielles. Leur énergie et leur capacité d’innovation sont les moteurs indispensables à la mise en œuvre rapide des chantiers présidentiels.

Monsieur le Président, ces propositions visent à doter la Guinée d’un gouvernement de proximité, fier de son identité et redoutable d’efficacité.

Boubacar Diakhaby Candidat au poste de délégué local de l’Agriculture et de l’Élevage (Kindia)