Il y a quelques jours, un aîné mandingue me disait au téléphone, avec la sagesse d’un homme qui a vu le monde tourner :
« Babila, mon père m’a dit un jour qu’il faut craindre trois choses dans la vie : le manque de croyance, le manque de reconnaissance, et surtout, le manque de connaissance de soi. »
Car lorsque l’homme perd le lien avec sa foi, il se vide de toute transcendance.
Lorsqu’il oublie la reconnaissance, il piétine les ponts qui l’ont conduit là où il est.
Et quand il ignore qui il est, il devient un étranger à lui-même, errant sans repère, esclave de ses pulsions, livré aux mains de la tentation, de la dérive et de l’égarement. Il perd non seulement sa direction, mais aussi son âme.
Et le sage, descendant de la lignée des Touraman Si, ajouta dans un souffle de vérité :
« Évite trois fléaux qui rabaissent l’être humain plus bas que la terre : le péché, l’ingratitude et la trahison. »
Le péché obscurcit la conscience.
L’ingratitude ronge les bienfaits.
La trahison détruit la confiance, parfois à jamais.
Ces trois-là sont les termites de la morale, les voleurs silencieux de l’honneur et de la dignité.
C’est alors qu’une parole divine, transmise au Prophète Mohamed (paix et salut sur lui), me revint à l’esprit :
« Par Ma gloire et Ma majesté, Je me vengerai de l’injuste dans ce monde et dans l’au-delà. Et Je me vengerai de celui qui voit un opprimé et ne le soutient pas alors qu’il le peut. » (Kanz al-Ummal, vol. 3, p. 505, Hadith 7641).
Quelle mise en garde solennelle !
Car la force ne donne aucun droit d’écraser, d’humilier, de dominer ou de tuer. Le vrai courage n’est pas dans l’abus de pouvoir, mais dans la maîtrise de soi face à la tentation de l’arbitraire.
Et toi, autorité de la transition du CNRD, pose-toi cette question : Sais-tu faire la différence entre ce que tu peux faire et ce que tu dois faire ? Entre ce que ta force t’autorise et ce que ta conscience t’interdit ?
Ce discernement, cette lumière intérieure, n’appartient qu’à ceux qui se connaissent eux-mêmes, ceux qui vivent avec leur conscience comme on vit avec un miroir sans tricherie.
La dignité véritable, ce n’est ni le bruit ni la posture.
C’est cette voix silencieuse en nous qui murmure : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne supporterais pas qu’on te fasse. »
Connais-toi. Respecte l’autre. Crains l’injustice.
Et peut-être alors, marcheras-tu avec noblesse parmi les hommes, et avec paix devant Dieu, dans ce monde, comme dans l’au-delà.
Mamoudou Babila KEÏTA
Journaliste d’investigation
Éditorialiste. Voix libre en exil