Au cœur de la Basse-Guinée, à Kindia, sommeille un pan souvent méconnu de l’histoire scientifique mondiale et de la fierté nationale guinéenne : Pastoria. Ce site, qui abrite aujourd’hui l’Institut de Recherche en Biologie Appliquée de Guinée (IRBAG), fut jadis un épicentre de la recherche médicale, où des capitales avancées pour l’humanité ont vu le jour. Le Professeur Baldé Mamadou Cellou, Directeur Général Adjoint de l’IRBAG, nous plonge dans cette épopée scientifique, révélant les origines et les mérites d’un institut qui a vu naître le vaccin BCG et a lutté sans relâche contre les fléaux épidémiques.
Pastoria, une histoire de chimpanzés et de vaccins
Le nom « Pastoria », qui signifie en langue soussou « chez Pasteur » ou « la concession de Pasteur », est donné à ce lieu. Les expérimentations s’y déroulent, le vaccin produit en Europe étant acheminé en Guinée. Le Professeur Baldé détaille le protocole : « Les chimpanzés étaient regroupés en trois groupes : le premier recevait le bacille de Koch (la maladie), le deuxième était vacciné avec le vaccin de Calmette, et le troisième était le groupe témoin, ne recevant ni bacille, ni vaccin. » Les résultats sont probants : seuls les animaux vaccinés résistent à la maladie. « Ainsi, ils ont continué l’expérience jusqu’au moment où ils ont été satisfaits par la sauvegarde des chimpanzés qu’ils avaient. En effet, ils ont lancé la vaccination. Donc, ils ont passé la vaccination du chimpanzé à l’enfant », explique fièrement le Pr. Baldé. Pastoria est le lieu où le vaccin BCG, qui a sauvé des millions de vies, a été validé.
Du serpentarium à la lutte contre la variole
Mais l’histoire de Pastoria ne s’arrête pas là. Le site a également été le théâtre d’autres avancées significatives. « La deuxième activité fut la création d’un serpentarium », poursuit le Pr. Baldé. L’objectif ? L’extraction de venin pour la production de sérum antivenimeux. Une nécessité pour les populations locales et les chercheurs confrontés aux morsures de serpents. Ce sérum, destiné à « sauver les colonies », était produit à partir de venins de serpents collectés en Guinée et dans d’autres colonies francophones.
Des fièvres virales aux défis contemporains
À partir de 1977, Pastoria, alors connue sous le nom d’Institut Pasteur de Guinée, s’est tournée vers l’étude des fièvres virales. Une coopération avec des scientifiques russes a conduit à la création d’un laboratoire de virologie pour étudier le virus amaril, responsable de la fièvre jaune, et d’autres arbovirus.
Plus récemment, l’institut a été en première ligne face aux épidémies dévastatrices. Dès 1996, une équipe pluridisciplinaire de l’IRBAG a mené des recherches le long de la frontière guinéo-sierra-léonaise, identifiant trois virus mortels : Lassa, Ebola et Marburg. Pr. Baldé souligne la vision prémonitoire de l’institut : « En 1987, nous avons écrit un article pour dire que ces trois virus pourraient éventuellement faire des épidémies dans toute la Guinée, en Sierra Leone et au Libéria. » Une publication, passée inaperçue à l’époque, qui prend tout son sens face à l’épidémie d’Ebola de 2013-2016. Face à cette crise, Pastoria a été transformée en Centre de Traitement d’Ebola (CTE) avec l’aide des Russes, sauvant de nombreuses vies.
Lorsqu’est apparu le COVID-19, le centre d’Ebola a de nouveau été reconverti pour prendre en charge les patients. « Pastoria est à la pointe du combat contre toutes ces maladies, tous ces germes », conclut le Pr. Baldé Mamadou Cellou.
Aujourd’hui, l’IRBAG est devenu un pôle d’excellence, abritant une école doctorale où de jeunes biologistes, médecins, environnementaux et pharmaciens allient théorie et pratique. Pastoria, bien au-delà de ses richesses naturelles, incarne la richesse humaine et scientifique de la Guinée. Une question demeure cependant : pourquoi, malgré un tel potentiel, la Guinée peine-t-elle à doter ses populations d’hôpitaux de haute performance capables de les prémunir des maladies les plus courantes ?
Amadou Sylla, Le jour.info