De Conakry à Kankan, le parcours de cette jeune Guinéenne illustre la persistance des violences de genre et les impasses sociales auxquelles se heurtent les minorités dans un environnement marqué par un conservatisme rigoureux.
Née le 27 janvier 1999 à Conakry, Mariama Dalanda Bah a grandi sous les toits de Sangoyah, dans la commune de Matoto. Issue d’une fratrie de six enfants, elle évolue dès son plus jeune âge dans un cadre familial régi par des principes religieux stricts et des traditions communautaires ancrées. Son parcours scolaire commence entre 2005 et 2011 au groupe scolaire SYBA de Wanindara, une période marquée par l’épreuve de l’excision, une mutilation génitale qui subissent encore de nombreuses jeunes filles dans la région.
Du commerce informel au mariage contraint
C’est à l’adolescence que les tensions familiales s’exacerbent. Lorsque Mariama manifeste une orientation sexuelle différente de celle dictée par les normes sociales en vigueur, la réaction de son père, Alpha Oumar Bah, est brutale. En proie à l’opprobre d’une communauté qui qualifie ces penchants d’« actes contre nature », il tente de « normaliser » la situation par la contrainte.
En 2017, Mariama est mariée de force à Aly Mandé Mansa Keïta. Ce foyer devient rapidement le théâtre de violences systémiques. Brimades, coups et restrictions de libertés s’enchaînent : son époux lui impose le port du voile intégral et lui interdit toute activité en dehors du domicile, l’isolant socialement et économiquement.
L’impasse judiciaire et la clandestinité
Son exil intérieur la conduit alors à Kankan en novembre 2021, chez son amie Fatoumata Camara. C’est dans cette ville qu’une nouvelle relation sentimentale avec une voisine est découverte par l’entourage. Le scandale qui en découle dépasse le cadre privé : après avoir subi des violences physiques ayant nécessité une hospitalisation, Mariama se retrouve sous le coup d’une « fatwa » émise par une association religieuse locale.
Aujourd’hui, alors qu’un mandat d’arrêt et un avis de recherche pèseraient contre elle, Mariama Dalanda Bah a disparu dans la clandestinité. Son cas relance le débat sur la protection des libertés individuelles et la sécurité des femmes face aux pressions radicales.
Fadima Fofana/Lejour.Info