Rien de ce qui arrive à chacun n’échappe à la volonté divine, même si c’est le fait des hommes. Mamadou Barry, a traversé des épreuves qui ne peuvent être considérées comme une croix qu’il porte tout seul sur ses solides épaules. 7 années de sa vie ont été marquées au fer rouge de la bêtise humaine et de la cruauté de l’Etat. Une parenthèse douloureuse dans un véritable parcours du combattant. Surtout, une fresque d’une histoire tourmentée et un des nombreux avatars d’une longue série noire aux accents d’une tragédie nationale. Dieu, juste et miséricordieux, l’a gratifié d’une longévité exceptionnelle, quasi-centenaire, comme pour compenser le temps perdu et le venger de ses bureaux , tous disparus, rattrapés par leurs méfaits et crimes. L’impunité est un acte de complaisance des hommes qui se heurte à la justice divine.
Petit Barry a fait le choix de courage de témoigner de ses malheurs pour que des victimes comme lui soient réhabilitées et survivent à l’injustice d’une absolution totale. Le travail mémoriel entamé ravive des souvenirs et des blessures que le déni et l’oubli défient dans des silences complices.
Il est l’apôtre d’une génération de martyrs mais aussi une lumière qui éclaire des contemporains qui n’ont pas été confrontés au combat mortel pour les droits et les libertés mais n’en subissent pas moins l’horreur et la violence. Si le monde paraît plus sûr et fréquentable, il continue d’être une jungle où les plus forts marchent sur les plus faibles, la loi et le droit reculent au profit des hégémonies.
» Petit Barry » porte les stigmates d’un passé violent en même temps qu’il incarne l’indispensable sacrifice pour ses idées et ses convictions.
On peut le brocarder, le stigmatiser comme l’on veut , intenter des procès en sorcellerie contre lui à cause de son refus de se taire ou de hurler avec les loups , mais on ne peut l’enterrer avec les vérités assenées qui donnent mauvaise conscience et l’insomnie à ceux incapables de se libérer du fardeau des préjugés et des fausses convictions acquises.
Le délit de faciès ou de patronyme qu’on veut lui opposer n’entame pas la force des faits relatés ni ne peut tenir lieu de rempart contre des crimes avérés, documentés subis par de nombreuses personnes, figures nationales et familles. Baba kaké, professeur d’histoire émérite a résumé la dualité et l’ambivalence relevés par tous chez Sekou Touré qu’on retrouve dans les récits de » Petit Barry », en ces termes: » le héros et le tyran ». Pourquoi, n’est-il pas lynché , pour avoir, lui aussi , évoqué la part d’ombre , après avoir souligné les pans de lumière , du premier chef de l’Etat de l’histoire de la Guinée, post-indépendance ?
En Guinée, très souvent, le mythe de la caverne de Platon, campe bien le pêché commun : la difficulté à admettre un combat solitaire , des vérités isolées qui pourraient libérer du poids d’illusions dangereuses et de l’emprise de fausses convictions acquises.
Après avoir connu les supplices des geôles de la révolution, voilà, » Petit Barry « , confronté à la levée de bouclier des pensionnaires de la caverne guinéenne et de nihilistes portés à réécrire l’histoire et à rejeter tout ce qu’elle comporte comme holocauste et dérives.
Heureusement que l’homme est un habitué des mauvais procès et des condamnations lapidaires. Un survivant se fie à Dieu, tout-puissant plus qu’il ne pourrait croire aux hommes avec toutes leurs tares et leur malveillance chronique.
Comme il a survécu à ses tortionnaires cyniques, son oeuvre , elle aussi, vaincra ses détracteurs acharnés.
Aboubacar Kroumah