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Tribune//Guinée : 9,3 % de croissance en 2026, mais pour qui et pour quoi ?

Selon les projections de la Banque mondiale récemment relayées dans la presse, la Guinée pourrait enregistrer en 2026 la plus forte croissance économique d’Afrique, avec un taux estimé à 9,3 %, devant plusieurs économies réputées dynamiques, notamment le Rwanda et l’Éthiopie. Une performance spectaculaire sur le papier, qui devrait conforter l’optimisme autour des perspectives économiques du pays. Mais derrière ce chiffre se pose une question essentielle : que signifie réellement une croissance de 9,3 % pour les populations ?

La croissance économique est mesurée à travers l’évolution du produit intérieur brut (PIB), c’est-à-dire la valeur des biens et services produits dans un pays. Mais le PIB ne dit ni qui capte la richesse créée, ni quelle part reste effectivement dans l’économie nationale. C’est tout le paradoxe d’une économie encore largement fondée sur l’exploitation et l’exportation des matières premières.

La Guinée extrait sa bauxite, son or et bientôt davantage de minerai de fer, mais une grande partie de ces ressources quitte le territoire sous forme de produits peu ou pas transformés. La valeur ajoutée liée à la transformation industrielle, à la technologie, au financement et à une partie des services associés est ainsi créée ailleurs. Le pays produit davantage, exporte davantage et peut donc afficher une forte croissance, sans que cette dynamique se traduise automatiquement par une amélioration proportionnelle des revenus et des conditions de vie.

Le débat ne consiste donc pas à contester les 9,3 %. Ce chiffre traduit une dynamique économique réelle. Il invite plutôt à poser une question plus fondamentale : quelle part de cette croissance la Guinée parvient-elle à retenir et à transformer en développement ?

Transformer la rente en développement

Dans le secteur minier, la participation de l’État constitue l’un des éléments du débat. L’article 150-I du Code minier prévoit que l’État bénéficie gratuitement d’une participation pouvant atteindre 15 % dans le capital de la société titulaire d’un titre d’exploitation. Le Code prévoit également la possibilité d’une participation supplémentaire de 20 % acquise en numéraire. À cela s’ajoutent les impôts, taxes, redevances et autres prélèvements prévus par la législation minière et les conventions applicables.

Mais la question essentielle dépasse le seul niveau de participation de l’État. Elle porte sur la capacité du pays à transformer la rente minière en capital économique, humain et industriel.

Une mine implantée en Guinée ne devrait pas être seulement un site d’extraction. Elle devrait devenir un marché pour les entreprises guinéennes, un espace de formation pour les jeunes, un moteur pour les services, les transports, la maintenance, l’ingénierie et la sous-traitance. La transformation locale de la bauxite, le développement de la chaîne de valeur du fer autour de Simandou et l’essor du contenu local peuvent permettre de retenir davantage de richesse sur le territoire.

C’est à ce niveau que se joue la véritable bataille du développement. Car une croissance portée essentiellement par l’extraction et l’exportation peut gonfler rapidement le PIB sans modifier profondément la structure de l’économie. À l’inverse, une croissance utilisée pour développer l’agriculture, l’agro-industrie, l’énergie, les infrastructures, le capital humain et les entreprises nationales peut progressivement réduire la dépendance aux matières premières.

Les 9,3 % annoncés devraient donc être considérés moins comme un aboutissement que comme une opportunité historique. La question n’est pas seulement de savoir si la Guinée va connaître une croissance à deux chiffres, mais ce qu’elle fera de cette croissance.

La croissance mesure la vitesse à laquelle une économie avance. Le développement mesure la direction dans laquelle elle avance et le nombre de citoyens qu’elle entraîne avec elle.

Le véritable défi pour la Guinée est désormais de passer d’une économie qui extrait et exporte à une économie qui transforme, crée de la valeur et redistribue. C’est à cette condition que les performances du PIB pourront progressivement devenir une réalité visible dans les entreprises, les ménages et le quotidien des populations

 

Dantouman Souleymane TRAORÉ

 

Journaliste, activiste, enseignant

Assistant parlementaire

Dantoumantraore629@gmail.com

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