Kindia : malgré les sabotages et les conflits fonciers, Aïssatou Bagnan Diallo poursuit son rêve agricole
À Kindia, Aïssatou Bagnan Diallo fait progressivement figure de modèle de l’entrepreneuriat agricole féminin. Son exploitation, bâtie au prix de nombreux sacrifices, a traversé des conflits fonciers, des actes de sabotage répétés, un incendie et d’importantes pertes financières. Pourtant, la jeune entrepreneure refuse de renoncer à son ambition.
Diplômée en sciences économiques et gestion, elle a choisi, dès la fin de ses études universitaires, de se consacrer à l’agriculture plutôt qu’à une carrière plus traditionnelle.
« Je me suis lancée dans l’entrepreneuriat il y a cinq ou six ans. À peine sortie de l’université, j’ai commencé à expérimenter sur le terrain. Ces expériences m’ont permis de participer à un concours sous-régional où j’ai remporté un prix. Cette distinction m’a encouragée à venir à Kindia pour approfondir mes connaissances », raconte-t-elle.
Partie avec des moyens modestes, elle développe progressivement son activité avant de bénéficier d’un accompagnement de la Fondation Tony Elumelu, qui soutient les entrepreneurs africains.
« J’ai commencé avec mes maigres ressources avant de recevoir cet appui, qui m’a permis de développer mon exploitation », explique-t-elle.
Mais son parcours se heurte rapidement à plusieurs obstacles. Évoluant dans un secteur encore largement dominé par les hommes, elle affirme avoir dû faire face à de nombreux préjugés.
« Je savais que j’entrais dans un domaine que beaucoup considéraient comme réservé aux hommes. Je m’étais préparée psychologiquement à affronter ces difficultés », souligne-t-elle.
À ces défis s’ajoutent des litiges fonciers. Selon elle, certains vendeurs ont tenté de récupérer la parcelle après la vente.
« J’ai acheté cette terre grâce au prix remporté auprès de la Fondation Tony Elumelu. Mais certains ont ensuite voulu reprendre le terrain après avoir encaissé l’argent. Dans notre pays, les femmes rencontrent encore beaucoup de difficultés pour accéder à la propriété foncière », déplore-t-elle.
Les difficultés prennent ensuite une autre dimension avec plusieurs actes de sabotage visant directement son exploitation. Des plantations sont détruites, des fruits sectionnés avant leur maturité et un incendie provoque de lourdes pertes.
« Trois campagnes agricoles ont été touchées. Dès la première attaque, je craignais que cela ne se reproduise. Malheureusement, c’est ce qui est arrivé », confie-t-elle.
L’année 2023 demeure la plus difficile
« Des fruits qui n’étaient plus qu’à deux semaines de la récolte ont été coupés et abandonnés sur place. Les pertes financières ont été énormes. Malgré tout, nous avons réussi à nous relever grâce à l’accompagnement de la Banque mondiale à travers le projet PEDAC », explique l’entrepreneure.
Malgré ces épreuves, elle affirme n’avoir jamais envisagé d’abandonner.
« Alhamdoulillah, j’ai pu me relever. La patience, la résilience ainsi que le soutien de ma famille, de mes amis et de mes collaborateurs ont été essentiels. Ensemble, nous avons refusé de céder au découragement », témoigne-t-elle.
Aujourd’hui, la sécurisation de l’exploitation est devenue une priorité. Avec l’appui du projet PEDAC, plusieurs dispositifs ont été mis en place afin de prévenir de nouveaux actes de sabotage.
« Nous avons sécurisé le site. Les auteurs visaient uniquement les plantations arrivées à maturité afin de nous décourager. Nous avons donc installé des caméras de surveillance pour protéger notre investissement », précise-t-elle.
À travers son parcours, Aïssatou Bagnan Diallo encourage les jeunes, en particulier les femmes, à croire en leurs projets malgré les difficultés. Pour elle, la persévérance, le courage et la résilience constituent les fondements de toute réussite entrepreneuriale.
Amadou Sylla/Lejour.Info
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