À quelques mètres des ateliers baignés d’odeurs de teinture et de savon, le va-et-vient est constant. À Kindia, la coopérative des teinturières incarne depuis des années un pilier du secteur artisanal local. Pourtant, derrière l’effervescence apparente, la réalité est plus nuancée, marquée par des difficultés économiques croissantes.
Dans la cour du centre, des bassines colorées s’alignent, tandis que des femmes s’activent autour des tissus. Ici, tout repose sur une organisation collective bien rodée. « Nous regroupons environ une centaine de femmes et 11 hommes. Chacun joue un rôle précis dans le fonctionnement de la structure, que ce soit dans la production, la gestion des conflits ou l’encadrement des plus jeunes », explique Sékou Diawara. Une discipline interne qui permet à la coopérative de tenir malgré les turbulences.
Mais au-delà de l’activité économique, le site révèle aussi une dimension sociale inattendue. Non loin des ateliers, des enfants récitent leurs leçons dans des salles modestes. Une école primaire y a été progressivement mise en place pour répondre à un besoin pressant. « À une époque, les enfants restaient sans encadrement. Pendant la guerre en Sierra Leone, deux salles de classe avaient été construites à l’initiative du président Lansana Conté. Avec le temps, nous avons agrandi l’école », raconte le gestionnaire.
Pour Hadja Nana Keïta, cette réalisation illustre l’esprit de solidarité qui anime la structure. « Nous comptons aujourd’hui 132 femmes issues de différents quartiers. Nous soutenons particulièrement les plus vulnérables, notamment les veuves. L’école est financée grâce aux cotisations des membres », souligne-t-elle, fière de cet engagement collectif.
Pourtant, dans les ateliers, les visages se ferment dès qu’il est question des conditions de travail. Assise devant une bassine, Mabinty Bangoura ne cache pas son inquiétude. « Le tissu devient difficile à trouver et les prix ne cessent d’augmenter. Un plateau de bougies est passé de 130 000 à 210 000 francs guinéens, le tissu de 400 000 à 430 000 FG, et le guéziner de 3 400 000 à 4 200 000 FG », énumère-t-elle, le regard préoccupé. Pour ces femmes, dont les revenus dépendent entièrement de cette activité, la situation devient de plus en plus intenable.
À ces difficultés s’ajoute un autre défi, plus insidieux : la contrefaçon. Le Kèndeli, tissu traditionnel emblématique, est aujourd’hui reproduit et écoulé à bas prix sur le marché. « C’est une partie de notre identité culturelle qui est menacée. Ces copies désorganisent tout », déplore la teinturière, appelant les autorités à intervenir.
Malgré tout, la vie continue dans la cour de la coopérative. Les gestes restent précis, les couleurs éclatantes. Entre solidarité et lutte quotidienne, les teinturières de Kindia s’accrochent à leur savoir-faire, déterminées à préserver une activité qui dépasse le simple cadre économique : un véritable héritage culturel.
Amadou Sylla/Lejour.info
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