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CRIEF : d’anciens ministres d’Alpha Condé à nouveau convoqués pour des affaires présumées d’enrichissement illicite

En Guinée, plusieurs figures de l’ancien régime du président Alpha Condé sont de nouveau attendues devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), dans le cadre de dossiers liés à des accusations d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent. L’audience est programmée pour le 29 avril, dans un contexte marqué par une relance affichée de la lutte contre la corruption.

Albert Damantang Camara

Parmi les personnalités concernées figurent Albert Damantang Camara, ancien ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Rémy Lamah, qui a longtemps dirigé le département de la Santé, ainsi que Oyé Guilavogui, ex-ministre des Télécommunications. À ces anciens membres du gouvernement s’ajoute un ancien gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée, la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), LouncenyNabé.

Ces trois anciens ministres avaient pourtant été précédemment blanchis dans des procédures engagées devant la CRIEF, faute de preuves jugées suffisantes à l’époque. Leur retour devant la juridiction spéciale intervient après la nomination récente de Alphonse Charles Wright en qualité de procureur spécial près la CRIEF. Lors de sa prise de fonction, l’ancien Garde des Sceaux avait clairement annoncé sa volonté de rouvrir certains dossiers classés, estimant que de nouvelles investigations pourraient permettre de faire émerger des éléments jusque-là non exploités.

Rémy Lamah

Dans le détail, Albert Damantang Camara est soupçonné d’irrégularités dans la gestion de fonds publics alloués à la sécurité, notamment dans des programmes d’équipements et de logistique. Des interrogations avaient également été soulevées sur l’évolution de son patrimoine durant ses années au gouvernement.

De son côté, Rémy Lamah est cité dans plusieurs dossiers liés à la gestion des ressources du secteur sanitaire, notamment durant des périodes de crise où d’importants financements internationaux avaient été mobilisés. Des soupçons avaient porté sur des marchés publics et sur la traçabilité de certains fonds destinés au système de santé.

Oyé Guilavogui

Quant à Oyé Guilavogui, il est régulièrement associé à des dossiers concernant la gestion des infrastructures télécoms et des contrats passés avec des opérateurs privés. Son nom avait été évoqué dans des enquêtes sur des transactions financières jugées opaques.

S’agissant de l’ancien gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée, les soupçons portent sur des opérations financières et des décisions monétaires controversées, notamment en lien avec la gestion des réserves et certains flux financiers jugés atypiques.

Lounceny Nabé

La relance de ces procédures s’inscrit dans une dynamique plus large impulsée par les autorités de la transition, qui ont fait de la lutte contre la corruption et de la moralisation de la vie publique une priorité. La CRIEF, créée pour traiter spécifiquement les crimes économiques et financiers, est ainsi appelée à jouer un rôle central dans cette politique judiciaire.

L’audience du 29 avril est donc très attendue, tant par l’opinion publique que par les observateurs de la vie politique et judiciaire guinéenne. Elle pourrait marquer un tournant dans la gestion des dossiers liés à l’ancien régime, en testant la capacité des nouvelles autorités judiciaires à rouvrir et à instruire des affaires déjà jugées ou classées, dans un souci affiché de transparence et de redevabilité.

 

Gabriel Soumah/Lejour.Info