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Le pape Léon XIV en Afrique : un périple historique sous le signe du dialogue interreligieux

Pour son premier grand voyage international, le successeur de François a choisi l’Algérie comme porte d’entrée du continent. Une visite hautement symbolique dans une terre d’islam, marquée par l’héritage de saint Augustin et le souvenir des moines de Tibhirine.

Par Oumar Kateb Yacine 

 

  Le blanc de la soutane pontificale a tranché, ce lundi 13 avril, avec le bleu azur de la baie d’Alger. En posant le pied sur le tarmac de l’aéroport Houari-Boumédiène pour une visite de trois jours, le pape Léon XIV n’a pas seulement entamé une tournée africaine de douze jours qui le mènera également au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale. Il a surtout accompli un geste historique : devenir le premier souverain pontife à fouler le sol algérien.

Accueilli avec les honneurs militaires par le chef de l’État, le pape a immédiatement placé son séjour sous le sceau de la « fraternité humaine », un concept cher à son préalable qu’il entend porter avec une vigueur nouvelle. « L’avenir appartient aux hommes et aux femmes de paix », at-il déclaré dès son arrivée, avant de se rendre au Sanctuaire du Martyr ( Maqam Echahid ), passage obligé de la diplomatie algéroise, pour honorer l’histoire complexe d’un pays qui fut aussi celle d’une présence chrétienne millénaire.

Dans les pas de saint Augustin

L’étape algérienne de Léon XIV ne relève pas du simple protocole. Elle est une plongée dans les racines mêmes de l’Église d’Afrique. Mardi, le souverain pontife est attendu à Annaba, l’antique Hippone, où vécut et mourut saint Augustin. Pour le Vatican, il s’agit de rappeler que le christianisme n’est pas une importation coloniale en terre maghrébine, mais une composante historique de son identité.

Le programme prévoit également un moment de recueillement à la Basilique Notre-Dame d’Afrique, qui surplombe la mer, et une rencontre à la Grande Mosquée d’Alger, la troisième plus grande au monde. Ce face-à-face avec les autorités religieuses musulmanes interviennent dans un contexte géopolitique tendu, où le pape tente de s’imposer comme une voix médiatrice, loin des pôles de puissance occidentaux.

Une Église des « ponts »

Si l’Algérie ne compte qu’une infime minorité catholique — environ 10 000 fidèles pour 48 millions d’habitants — son influence symbolique est immense. En rencontrant les membres de cette « Église de la rencontre », Léon XIV rend hommage à une communauté qui a choisi de rester malgré les cicatrices de la « décennie noire » (1992-2002). La visite privée prévue auprès des Sœurs missionnaires augustiniennes à Bab El Oued souligne cette volonté de proximité avec ceux qui travaillent dans l’ombre au service de la société civile algérienne.

Ce voyage inaugural marque un tournant pour le pontificat de Léon XIV. Après une année 2025 consacrée au Jubilé à Rome, le pape américain, élu en mai dernier, sort enfin des murs du Vatican pour confronter son message aux réalités du terrain. En sélectionnant l’Afrique pour sa première grande sortie, il confirme que le centre de gravité de l’Église catholique continue de se déplacer vers le Sud.e

Dès mercredi, le Saint-Père s’envolera pour Yaoundé, au Cameroun, où les problématiques de justice sociale et de corruption devraient occuper une place centrale dans ses discours. Mais pour l’heure, à Alger, c’est l’image d’un pape « bâtisseur de ponts » qui prédomine, cherchant à transformer une frontière religieuse en un espace de dialogue.