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Guinée : Bah Oury lance le pari audacieux de la transformation totale à l’horizon 2040

Devant le Conseil National de la Transition (CNT), le Premier ministre Bah Oury a dévoilé, le 25 mars 2026, une feuille de route aux ambitions assumées. Porté par l’élan du projet Simandou 2040, le gouvernement entend engager la Guinée dans une mutation économique profonde sur les quinze prochaines années.

Plus qu’un simple exercice de politique générale, cette intervention s’est voulue une véritable projection stratégique. Le chef du gouvernement n’a pas seulement dressé un état des lieux ou fixé des objectifs de gestion ; il a esquissé le visage d’un pays en quête de rupture avec son modèle économique traditionnel. Au cœur de cette vision, le programme « Simandou 2040 » s’impose comme le socle d’une ambition nationale : sortir de la dépendance aux matières premières brutes pour amorcer une trajectoire d’émergence durable.

Une vision structurée pour une transformation en profondeur

Par son ampleur, le plan présenté marque une inflexion notable. Il s’articule autour de 122 mégaprojets et de 39 réformes structurelles, inscrits dans une perspective de long terme. L’objectif est double : stabiliser les fondamentaux macroéconomiques tout en enclenchant une dynamique de production capable d’amortir les chocs extérieurs.

L’exécutif mise sur une approche globale, où la réforme de l’État et le renforcement des institutions doivent soutenir un effort massif d’investissement. Pour Conakry, il ne s’agit plus de subir les fluctuations des marchés internationaux, mais d’exploiter stratégiquement les ressources du Simandou afin de diversifier l’économie.

Les priorités sont clairement identifiées : développement des infrastructures, accès à l’énergie, modernisation administrative. Autant de leviers jugés essentiels pour attirer les investisseurs et restaurer la confiance des partenaires internationaux.

Simandou 2040 : d’un gisement à une doctrine économique

Réputé pour la qualité exceptionnelle de son minerai de fer, Simandou dépasse désormais le simple cadre extractif. À travers « Simandou 2040 », les autorités guinéennes ambitionnent de bâtir un modèle de développement intégré.

Bah Oury a insisté sur la nécessité de créer de véritables chaînes de valeur locales : transformation industrielle sur place, développement de corridors économiques le long des infrastructures ferroviaires, et création d’emplois durables pour une population majoritairement jeune.

L’enjeu est clair : transformer une richesse naturelle en moteur de croissance inclusive et pérenne.

Une ambition à l’épreuve des réalités

Derrière cette vision volontariste, les défis restent nombreux. La réussite du programme dépendra de plusieurs paramètres clés : la capacité à mobiliser des financements dans un contexte international contraint, l’efficacité de l’administration à absorber et piloter ces projets, ainsi que la stabilité politique sur le long terme.

En fixant un cap aussi élevé, le Premier ministre engage durablement son gouvernement. Longtemps qualifiée de « scandale géologique », la Guinée tente aujourd’hui de convertir son immense potentiel en prospérité concrète pour sa population. Reste à savoir si cette ambition survivra à l’épreuve du temps et des réalités.

Fatoumata Camara/Lejour.Info