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Cameroun : après le Nigeria, Issa Tchiroma Bakary a trouvé refuge en Gambie

Après un passage de quelques jours au Nigeria, l’opposant s’est réfugié en Gambie, où les autorités ont confirmé sa présence. Banjul affirme qu’elle n’acceptera « aucune activité subversive contre un État tiers ».

Issa Tchiroma Bakary est en Gambie depuis le 7 novembre. L’opposant, après avoir un temps été sous la menace d’une arrestation dans son fief camerounais de Garoua, et avoir été exfiltré par ses soutiens au Nigeria où il a passé plusieurs jours, a trouvé refuge en Gambie. Banjul a confirmé la présence du candidat malheureux à la présidentielle camerounaise du 12 octobre dans un communiqué diffusé ce 23 novembre.

Le ministère gambien de l’Information, des Médias et des Services de radiodiffusion assure qu’il a été admis dans le pays « temporairement et pour des raisons humanitaires », dans un contexte de « fortes tensions politiques au Cameroun« . Le gouvernement gambien précise qu’il s’agit d’une « mesure de protection » visant à garantir sa sécurité. « Il est accueilli en Gambie à titre temporaire, dans l’esprit de solidarité africaine, afin d’assurer sa sécurité pendant que se poursuivent les discussions visant une résolution pacifique de la crise postélectorale au Cameroun », conclut le communiqué.

La « Présidence élue du Cameroun » remercie la Gambie

Le gouvernement gambien a pris soin de préciser qu’il reste « attaché à la souveraineté et à l’intégrité territoriale » de tous les États membres de l’Union africaine. Il insiste également sur le fait que la Gambie ne servira « à aucune activité subversive contre un État tiers ». Banjul dit « travailler avec plusieurs partenaires régionaux », dont le Nigeria, pour favoriser une issue « pacifique et négociée » à la crise.

Quelques heures après la confirmation de la présence d’Issa Tchiroma Bakary en territoire gambien, la « Présidence élue du Cameroun » – structure informelle créée par Issa Tchiroma Bakary -, a publié à son tour un communiqué signé par sa porte-parole, Me Alice Nkom. L’opposant remercie Banjul, « ainsi que tous les pays qui ont veillé ou continuent de veiller sur (la) sécurité (d’Issa Tchiroma Bakary) dans la crise postélectorale ».

Issa Tchiroma Bakary a fui le Cameroun début novembre, dans un contexte tendu, après la proclamation de la victoire de Paul Biya. L’opposant se revendique depuis « président élu ». Selon des sources proches de l’opposant, ce dernier souhaitait que son séjour en Gambie demeure aussi discret que possible. Banjul aurait finalement rendu sa présence publique sous pression de Yaoundé. Les autorités camerounaises et nigérianes sont en contact étroit sur ce dossier sensible.

L’opposition gambienne réclame plus de transparence

La nouvelle a déclenché de nombreuses réactions en Gambie, notamment sur les réseaux sociaux, plus pour le délai observé par les autorités pour l’annoncer que pour l’arrivée sur le territoire de l’opposant camerounais. Madi Jobarteh, militant des droits humains, se félicite ainsi que son pays offre un refuge à Issa Tchiroma Bakary, appelant le gouvernement à le soutenir dans « son combat contre l’autoritarisme et la corruption ». Pour autant, il se dit « perplexe de voir le gouvernement gambien attendre deux semaines avant d’informer le pays de cette décision : ce n’est ni de la transparence ni de la reddition de comptes », a-t-il déclaré à The Africa Report et Jeune Afrique

« Nous sommes fiers qu’il puisse trouver un refuge sûr en Gambie pour lui-même et sa famille proche. Notre position sur ce geste humanitaire est sans ambiguïté. Cependant, la solidarité ne doit pas servir à justifier le secret ou l’érosion de la responsabilité démocratique », estime encore l’UDP. Le parti d’opposition réclame un rapport « complet et transparent » sur les modalités d’entrée et de séjour de l’opposant camerounais.

Un haut responsable gouvernemental s’exprimant sous couvert d’anonymat, a assuré à The Africa Report et Jeune Afrique qu’il n’y avait « aucune tentative de dissimuler la présence d’Issa Tchorima Bakary », et que les autorités avaient « suivi le protocole établi ». « On ne peut pas précipiter des annonces de cette nature sans d’abord garantir la sécurité de la personne concernée et examiner les implications diplomatiques pour la Gambie et la région, a-t-il précisé. Nous devions évaluer les risques, parler à nos partenaires et veiller à ce que la Gambie ne soit pas entraînée dans la crise qui frappe un autre pays. »

Source : Jeune Afrique