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Nouvelle Constitution : Pourquoi le peuple de Guinée doit dire NON

En démocratie, la seule arme du citoyen pour punir les dirigeants, ce sont les urnes. Ces militaires, depuis quatre ans, ont plongé la Guinée dans la misère et la peur. Le moment est venu de leur faire payer leurs trahisons et leurs crimes, par le seul moyen pacifique et légitime qui nous reste : le vote.

Comme je l’ai souligné dans mon roman intitulé <<L’obsession, les tromperies et la terreur d’un homme qui ne veut pas quitter le pouvoir : L’Empereur>>, « tout empereur arrivé au pouvoir par un coup d’État finit toujours par se doter d’une constitution taillée sur mesure, destinée à légitimer sa tyrannie et à préparer le terrain pour s’éterniser au pouvoir ». Et voilà que l’empereur Doumbouya, à son tour, nous présente « une constitution qui nous ressemble et qui nous rassemble », quelle farce !

Quelles sont donc les véritables intentions de l’Empereur Doumbouya derrière cette constitution aux accents machiavéliques ?

Curieusement, dès son préambule, cette constitution rejette « toute forme anticonstitutionnelle d’accession, de maintien ou de transmission du pouvoir, ainsi que de tout régime fondé sur la dictature, l’injustice, le régionalisme, l’ethnocentrisme et le népotisme ». Mais, ironie du sort, ce passage décrit exactement le régime de l’empereur Doumbouya. C’est pourquoi, en quatre points, juste à travers ce préambule, je vais démonter cette constitution mensongère qui insulte la conscience de notre peuple.

1. L’interdiction des coups d’État… par des putschistes eux-mêmes

Le texte proclame rejeter « toute forme anticonstitutionnelle d’accession au pouvoir ». Faut-il en rire ou en pleurer ? Voilà des hommes qui ont pris les armes pour prendre le pouvoir, et qui prétendent aujourd’hui interdire aux autres le chemin qu’eux-mêmes ont emprunté. L’hôpital qui se moque de la charité.

C’est ce que l’on appelle, en arabe, « أب سن يضحك على أب سنّين », celui qui n’a qu’une dent qui se moque de celui qui en a deux. Ils condamnent ce qu’ils incarnent. Voilà toute la duplicité de ce régime.

2. Le maintien au pouvoir : la promesse trahie

Le préambule affirme rejeter le « maintien ou la transmission du pouvoir ». Mais n’était-ce pas Doumbouya lui-même qui avait juré que la transition ne durerait que deux ans ? Deux ans sont devenus quatre, et voilà qu’avec cette constitution, ils se préparent à prolonger indéfiniment leur règne.

Chaque ligne de ce texte cache un piège : en légalisant leur pouvoir, ils ouvrent la voie à la présidence à vie. Voilà le vrai projet : transformer un engagement provisoire en trône éternel.

3. Le rejet de la dictature : le mensonge absolu

Ils osent écrire qu’ils s’opposent à « tout régime fondé sur la dictature et l’injustice ». Mais de qui se moquent-ils ? De nous, peuple qu’ils terrorisent au quotidien ?

N’est-ce pas ce régime qui :

. enlève et fait disparaître des citoyens,

. assassine des opposants,

. ferme les médias,

. emprisonne arbitrairement,

. contraint les journalistes, opposants et militants à l’exil,

. gouverne par la peur, les armes et le sang ?

Qu’ils n’osent donc pas parler de rejet de la dictature. Ils ne sont pas des démocrates, mais des tyrans, des despotes, des satrapes modernes. Doumbouya n’est pas un président : il est un bourreau du peuple déguisé en sauveur.

À l’heure où j’écris où j’écris cette tribune, j’apprends le kidnapping de Monsieur Yamoussa Youla, responsable du FNDC-Dixinn. Cet enlèvement survient à seulement dix-sept jours du référendum sur la nouvelle constitution, laquelle prétend pourtant condamner de telles pratiques dictatoriales

4. Le régionalisme et le népotisme : une hypocrisie totale

Le texte dit rejeter le « régionalisme, l’ethnocentrisme et le népotisme ». Mais n’avons-nous pas sous les yeux un pouvoir qui pratique exactement cela ?

Pourquoi ces hommes au pouvoir s’évertuent-ils à se ridiculiser, à trahir si ouvertement la parole donnée ? De la Présidence de la République jusqu’aux moindres recoins de la fonction publique, en passant par les ministères, chaque nomination obéit à des logiques régionalistes. Il suffit de se pencher sur les noms de famille des hauts cadres civils et militaires les plus influents, ou sur les dirigeants des ministères stratégiques, pour constater que jamais, dans l’histoire de la Guinée, les nominations n’ont été aussi communautaires.

Cela rappelle tristement les pratiques de régimes autocratiques comme ceux de Jean-Bedel Bokassa ou d’Omar Bongo, où le pouvoir se confondait avec un réseau de cousins, de copains, et de membres du clan familial. Ces régimes d’un autre âge, où les portefeuilles les plus importants étaient distribués comme des héritages familiaux, semblent aujourd’hui ressuscités sous nos yeux.

Rien qu’en me limitant au préambule de cette nouvelle Constitution, il apparaît clairement combien ce texte est vide de sens, mensonger et irrespectueux à l’égard de notre peuple. Ce que l’on propose au peuple devrait refléter nos actes, mais ces militaires incarnent précisément l’opposé des principes énoncés dans cette Constitution, du début à la fin. Le fossé entre les mots et les actes est abyssal.

Un peuple conscient ne saurait accorder sa voix à une Constitution portée par un régime qui s’est distingué par les assassinats ciblés, les enlèvements, l’emprisonnement arbitraire, les exils forcés. Il serait inconcevable de voter « OUI » en faveur d’un pouvoir taché de sang, corrompu jusqu’à la moelle, qui détourne des milliards pendant que le peuple affronte la période la plus sombre et la plus précaire de son existence. Jamais la misère n’a été aussi criante, jamais l’accès aux opportunités, à l’éducation, à la santé et à la dignité n’a été aussi restreint.

Voter « OUI », c’est cautionner et applaudir la disparition forcée de Foniké Menguè, Billo Bah, Habib Marouane. C’est fermer les yeux sur l’assassinat de Sadiba, du Colonel Célestin et des centaines d’autres . C’est entériner l’emprisonnement arbitraire d’un des hommes politiques les plus intègres, pacifiques et innocents de ce pays : Aliou Bah.

Voter « OUI », c’est accepter le piétinement de nos libertés fondamentales, l’atteinte systématique à la liberté d’expression, la mise à mort de notre droit à l’information à travers la fermeture brutale des médias.

Voter « OUI », c’est donner le feu vert à toutes les atrocités que ce régime nous impose depuis sa prise de pouvoir.

Voter OUI, c’est applaudir les crimes passés et donner un blanc-seing à ceux à venir.

Comment, en toute conscience, pourrions-nous accorder notre confiance à un homme incapable de respecter sa propre parole donnée ? Voter « OUI », c’est ouvrir la voie à la candidature du général empereur aux prochaines élections présidentielles, ce qui équivaudrait à une dictature à durée indéterminée. Doumbouya a gagné tous ses coups jusqu’ici, mais sa carte maîtresse, la plus difficile à jouer, c’est celle de sa candidature. Une fois cette étape franchie, n’attendez plus jamais d’alternance : croyez-moi, il lui sera plus facile demain de faire huit mandats que d’être candidat à la sortie de cette transition. On ne peut tolérer que celui qui avait lui-même promulgué une Charte interdisant sa candidature se permette aujourd’hui d’ouvrir la porte à sa propre investiture, et vouloir le dire demain ne pas briguer un troisième, quatrième ou un vingtième mandat.

Nous sommes à la croisée des chemins. C’est un moment décisif pour l’avenir de notre nation. Nous devons choisir entre la dictature éternelle et la volonté du peuple. Et ce choix, nous devons le faire, ensemble, le 21 septembre 2025, lors du référendum constitutionnel.

Alors, votons MASSIVEMENT « NON ».

Votons « NON » parce que c’est notre survie collective qui est en jeu. Votons « NON » pour préserver la dignité de notre peuple, pour protéger l’avenir de nos enfants. Voter « NON », c’est faire échouer les plans destructeurs et machiavéliques d’un pouvoir illégitime, qui prépare lentement mais sûrement la descente de notre pays dans l’abîme.

Voter NON, c’est dire haut et fort : assez de mensonges, assez de manipulations, assez de sang, assez de misère.

Refusons ! C’est notre ultime chance. Notre seul espoir. L’avenir de notre pays se joue dans les urnes, ce 21 septembre.

Allons-y, debout et déterminés, pour voter massivement NON.

 

Sangaran Balayole Kodanne,

Écrivain, auteur des livres <<L’avenir de la Guinée repose sur vous>> et

<<L’obsession, les tromperies et la terreur d’un homme qui ne veut pas quitter le pouvoir : L’empereur.>>