Dans la Guinée de Mamadi Doumbouya, la critique dérange, la vérité menace, et le silence est devenu l’arme préférée du CNRD. Toute voix dissonante est perçue comme ennemie, toute parole libre est qualifiée de manipulation, toute enquête sérieuse est taxée de sabotage. Pourtant, ce qui est en jeu, ce ne sont pas des humeurs, ni des règlements de compte, c’est l’avenir d’un pays, la souffrance de son peuple et la faillite d’un État. Nul n’aurait imaginé ça le 5 septembre 2021.
Il faut le dire clairement, la manière de « faire l’amour à la Guinée » par le CNRD, fait plus mal que le règne du « gouverner autrement » qu’il a accusé de viol.
Il ne s’agit pas d’une invention. Il suffit d’ouvrir les yeux et de poser les bonnes questions, celles que les autorités refusent d’entendre, et que beaucoup n’osent plus poser.
Pourquoi tant de haine pour ceux qui demandent des comptes ?
Quand on parle de la transition, on nous taxe de frustrés
Quand on dit la vérité, on nous accuse d’être contre le pouvoir.
Quand on enquête sur la gouvernance, on nous soupçonne d’être manipulés.
Quand on critique, on nous traite des ennemis de la République.
Mais que faire alors, quand tout va de travers ? Se taire ? Se soumettre ? Se vendre ?
Voici les vraies questions, celles que le pouvoir évite soigneusement :
Les engagements du CNRD ont-ils été respectés ? Où sont la rupture, la refondation, la moralisation annoncées à grands coups de discours ?
La pauvreté a-t-elle reculé, ou est-elle désormais visible à chaque carrefour, dans chaque foyer, sur le visage de chaque citoyen lambda ?
Les libertés publiques sont-elles garanties, ou piétinées sous couvert de sécurité nationale et d’ordre républicain ?
La démocratie est-elle en marche, ou mise sous tutelle par des institutions illégitimes, des ambitions égoïstes et des décisions unilatérales ?
La justice « boussole » est-elle indépendante, ou transformée en outil de répression, d’intimidation et d’injustice sélective ?
La presse est-elle libre, ou sous surveillance constante, frappée de suspensions, de menaces et d’interdictions arbitraires ?
Les finances publiques sont-elles saines, ou englouties dans des opérations opaques comme celles de la BCRG, des raffineries d’or fantômes, des marchés fictifs, des milliards disparus et de la crise de liquidité ?
Le système bancaire est-il stable, ou miné par une crise silencieuse que nul n’ose déclarer officiellement ?
Le Hadj, symbole de foi et d’organisation nationale, n’a-t-il pas été transformé en terrain de corruption et d’escroquerie officielle ?
Le recensement RAVEC a-t-il été inclusif et transparent, ou biaisé, illisible, et conçu pour exclure des citoyens au nom du contrôle politique ?
Pourquoi le gouvernement investit-il davantage dans la propagande, les fausses bannières de tromperie, les insulteurs publics et les influenceurs à gages, que dans la santé, l’éducation, l’emploi ou les routes, etc. ?
Un régime qui n’accepte pas les questions devient tôt ou tard un régime qui n’accepte plus le peuple.
Ce n’est pas l’opposition politique qui menace cette transition. Ce sont les trahisons de la transition elle-même.
Ce ne sont pas les journalistes qui la fragilisent. Ce sont ses propres mensonges grossiers.
Ce ne sont pas les citoyens qui la sabotent. C’est sa propre hypocrisie, son arrogance, son mépris de la reddition de comptes, son amour du pouvoir pour le pouvoir.
Parler, interroger, enquêter, dénoncer : ce n’est pas être contre la Guinée. C’est être avec elle. C’est croire encore qu’elle mérite mieux.
Et tant qu’il restera un mot libre, une voix lucide, une plume incorruptible, il faudra continuer à poser des questions. Même si cela dérange.
On parle pas de la propriété privée de quelqu’un ni de l’héritage d’une famille, mais de l’intérêt général, de l’avenir commun et du destin collectif.
Mamoudou Babila KEÏTA
Journaliste d’investigation
Éditorialiste. Voix libre en exil.