Les avocats d’un magistrat réputé en Guinée, récemment révoqué, inculpé pour des soupçons de collusion avec un opposant et détenu, ont signalé samedi que leur client n’était « plus dans sa cellule » et s’inquiètent de ne pas connaître son lieu de détention.
Depuis l’arrivée au pouvoir du général Mamadi Doumbouya par un coup d’État en 2021 puis une élection en 2025, des partis politiques ont été suspendus, les manifestations sont réprimées et de nombreuses voix dissidentes ont été arrêtées, condamnées, poussées à l’exil ou sont portées disparues.
Le magistrat Algassimou Diallo est poursuivi pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence pour discrimination » et « association de malfaiteurs ».
Il était détenu dans la prison de Coyah, près de Conakry et son procès s’était ouvert vendredi devant la Cour suprême, avant d’être renvoyé à mardi.
« Monsieur Algassimou Diallo ne se trouve plus dans sa cellule depuis ce matin. Il aurait été extrait de son lieu de détention et conduit vers une destination inconnue », ont alerté ses avocats réunis en collectif, dans un communiqué publié samedi.
« Les autorités judiciaires contactées déclarent n’en rien savoir et les démarches entreprises auprès de l’établissement pénitentiaire sont demeurées sans réponse », ont-ils affirmé.
Ils ajoutent qu' »aucun ordre d’extraction n’a été porté à la connaissance de la défense » et qu' »aucun motif médical ne connaît, en tout état de cause, expliquer une telle sortie de la maison d’arrêt ».
« Ni sa famille ni ses conseils ne savent où il se trouve », assurent-ils.
Le collectif d’avocats exprime ses « plus vives inquiétudes pour la vie, la sécurité et l’intégrité physique de son client ».
Il demande aux autorités « que le lieu où se trouve Monsieur Algassimou Diallo soit immédiatement porté à la connaissance de sa famille et de ses conseils, et que ceux-ci puissent le rencontrer sans délai ».
« À défaut, le collectif saisira les instances nationales et internationales compétentes », prévient-il.
Le mouvement citoyen « Tournons la page-Guinée » (TLP-Guinée) a également exigé samedi des autorités « la localisation immédiate de monsieur Algassimou Diallo et la communication de sa situation à sa famille et à ses avocats ».
TLP-Guinée « s’inquiète », plus largement, « d’une possible banalisation des disparitions de personnes placées sous la responsabilité de l’Etat ».
Le mouvement, qui dit avoir documenté au moins 35 cas de disparitions depuis septembre 2021, rappelle par ailleurs la récente découverte de six corps ligotés dans une fosse commune dans le sud-ouest du pays, pour laquelle un collectif d’opposition a saisi l’ONU et demandé une enquête internationale indépendante.
AFP