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Le rajeunissement de la sphère politique guinéenne : une solution ou illusion pour aveugles ?

Le rajeunissement de la sphère politique guinéenne suscite des débats. Certains saluent la réduction du nombre de partis politiques. D’autres y voient un risque. Personnellement, je pense que le véritable problème ne réside pas dans le nombre, mais dans la structure idéologique.

D’abord, la sphère politique d’hier, meublée par le RPG, l’UFDG, l’UFR, l’ARÉNA, le PDG-RDA et tant d’autres, a été dissoute pour non-respect des dispositions de la Charte des partis politiques. Cette décision a favorisé la naissance d’une nouvelle génération de leaders. Réfléchie, mûrie et appliquée à la lettre, elle a réduit le nombre de partis politiques de plus de 200 à 27, conformément aux dispositions de la Charte des partis politiques de la République de Guinée. Cette réduction est perçue par certains observateurs comme un pari gagnant. Pour d’autres, c’est un saut dans l’inconnu. C’est pourquoi une inquiétude taraude les esprits avertis : est-il suffisant de réduire le nombre de partis politiques sans idéologie ? Cette question soulève des interrogations tant sur l’évolution de cette nouvelle génération que sur la disparition des anciens partis.

Pour comprendre cette situation, prenons l’exemple des élections présidentielles de 2010. Les oiseaux politiques étaient les plus âgés et dirigeaient les grands partis. À cette époque, l’UFDG, le RPG, l’UFR et le PDN étaient parmi les formations politiques les plus influentes. C’est à cette époque que des partis politiques ont été marchandés contre des postes de responsabilité. Cette génération a fait la politique sans idéologie ni programme de société pertinent. Elle a laissé derrière elle plus de 200 partis politiques.

Aujourd’hui, la sphère politique est rajeunie. Certes, nous sommes passés de plus de 200 à 27 partis politiques. Cependant, cette nouvelle génération semble, pour beaucoup, moins convaincante que celle d’antan. La majorité peine à défendre et à marchander son programme de société. Une question se pose avec inquiétude : un leader politique qui n’a pas réussi à vendre son programme de société et qui peine à convaincre peut-il gérer un pays comme la Guinée ? Bref, la majorité peine à convaincre, trompe le peuple sans programme de développement et profite de ses militants pour accéder aux affaires.

Personnellement, à la place du Président de la République, je n’aurais pas besoin de dissoudre les partis politiques. Je créerais plutôt trois grands blocs, chacun fondé sur une idéologie de développement et chaque parti serait tenu d’appartenir à un bloc.

1. Bloc libéral

Ce bloc privilégie le marché et l’initiative privée. Il englobe le capitalisme, le libéralisme économique, le monétarisme, etc.

2. Bloc social

Il privilégie l’intervention de l’État dans certains domaines et recherche un équilibre entre l’action publique et le marché. Il englobe le socialisme, le keynésianisme, le circonstancialisme (économie mixte), etc.

3. Bloc progressiste

Il privilégie l’innovation économique et la transformation de la société. Il englobe le marxisme, le communisme, etc.

Tous les partis politiques s’identifieront à l’un de ces blocs. De même, un bloc pourrait regrouper plus de 100 partis politiques autour d’un cadre d’expression commun, où les leaders se distingueraient par la pertinence de leurs idées. Dans ce cas, les leaders malhonnêtes disparaîtraient et la conquête du pouvoir deviendrait plus exigeante.

Par ailleurs, la stratégie actuelle consistant à rajeunir la sphère politique ne servira pas à grand-chose, puisqu’on ne gagne pas une partie d’échecs en changeant seulement les pièces ; il faut aussi changer la stratégie.

À titre personnel, renouveler la sphère politique n’est pas la solution. La vraie solution réside dans l’organisation des partis politiques autour de grands blocs idéologiques. C’est à cette condition que les débats porteront sur les idées, programmes de société et visions de développement, plutôt que sur l’ethnie, la région, la communauté ou les individus.

 

Dantouman Souleymane TRAORÉ

Journaliste, activiste et enseignant

Leader politique

Dantoumantraore629@gmail.com

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