Guinée : l’ONU alerte sur les restrictions de l’espace civique après la dissolution de 40 partis politiques
Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a exprimé de vives préoccupations après la dissolution de 40 formations politiques en Guinée, une décision prise par le Ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation dans le cadre d’une opération d’assainissement du paysage politique.
Dans une note adressée au Premier ministre guinéen le 19 mars 2026, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, s’inquiète des implications de cette mesure dans un contexte politique déjà tendu.
« Ces mesures semblent s’inscrire dans un contexte plus large de restrictions de l’espace civique et démocratique, marqué notamment par l’interdiction des manifestations publiques en vigueur depuis le 22 mai 2022 et par un recours accru à des mesures administratives visant les partis politiques et les organisations de la société civile », indique-t-il.
Tout en reconnaissant la volonté des autorités de réguler le fonctionnement des partis politiques, le chef du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme rappelle la nécessité de respecter les engagements internationaux du pays. Il souligne que toute mesure impactant la participation politique « soit pleinement conforme aux obligations internationales de la Guinée en matière des droits humains ».
Le diplomate insiste notamment sur le respect des principes consacrés par les instruments juridiques ratifiés par la Guinée, tels que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Ces textes garantissent des droits fondamentaux, notamment la liberté d’association, la participation à la conduite des affaires publiques et l’organisation d’élections libres et inclusives.
Dans un contexte marqué par la relance du processus électoral — avec la récente convocation du corps électoral par le président de la transition, Mamadi Doumbouya — l’instance onusienne insiste sur la nécessité d’un climat politique ouvert.
« Dans le contexte du processus électoral à venir, le HCDH estime essentiel que toutes les parties prenantes puissent participer librement et de manière équitable à la vie politique, dans un environnement propice à un débat public ouvert et pluraliste. Des conditions favorables à l’exercice des libertés fondamentales contribuent de manière déterminante à la crédibilité et à l’inclusivité des processus électoraux, ainsi qu’au renforcement de la confiance du public dans les institutions étatiques », souligne la note.
Par ailleurs, Volker Türk a salué la coopération existante entre son institution et les autorités guinéennes, tout en appelant à son renforcement.
« Mon Bureau demeure pleinement engagé à soutenir les autorités guinéennes dans leurs efforts à promouvoir et protéger les droits humains, y compris par une assistance technique sur les cadres juridiques et institutionnels relatifs à la participation politique, à la gestion de l’espace civique et démocratique, à la promotion de l’État de droit, et à la conduite de processus électoraux conformes aux normes et standards internationaux des droits humains », a-t-il assuré.
Pour l’heure, les autorités guinéennes n’ont pas officiellement réagi à cette interpellation. Mais cette prise de position du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme intervient dans un moment charnière, où la crédibilité du processus de transition dépend largement de la capacité à concilier réformes institutionnelles et respect des libertés fondamentales.
Barkindo Bah/Lejour.Info