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Disparition forcée de Foniké et de Billo : Le silence du peuple qui fait la victoire des bourreaux (Tribune)

Foniké Menguè et Billo Bah ne sont ni des criminels, ni des fugitifs. Ce sont des citoyens engagés, des figures de la société civile guinéenne, dont le seul tort aura été de dénoncer les dérives autoritaires du CNRD, d’appeler à la mobilisation pacifique et citoyenne contre la fermeture des médias, la cherté de la vie et l’érosion inquiétante de l’État de droit. Pour cela, ils ont été enlevés, portés disparus de force et réduits au silence.

Foniké Menguè et Billo Bah ont disparu. Oui, disparus comme des ombres gênantes dans une République prise en otage par un groupe de militaires sans foi ni loi. Et pourtant, le peuple pour lequel ils se sont levés, le peuple qu’ils ont défendu au péril de leur liberté, le peuple qui aurait dû faire trembler les fondations de la junte cruelle du CNRD par sa colère… ce peuple s’est tu, lâchement.

Les médias ? Silencieux.

Les élites ? Absentes.

Les religieux ? Complices par leur mutisme.

Les syndicats ? Résignés.

Le Barreau ? Anesthésié par la peur.

La Guinée, autrefois terre de résistance, est-elle devenue une nation résignée ? Une société anesthésiée, qui regarde ses défenseurs tomber sans lever le petit doigt ?

Ce silence, cette froideur, cette lâcheté collective fait écho à d’autres tragédies historiques. Lorsque Che Guevara fut trahi par un berger bolivien, celui-ci justifia son geste par une peur ridicule : « Le crépitement des armes effrayait mes bêtes. » Ce n’est pas l’ennemi qui l’a vaincu, c’est le peuple pour lequel il se battait.

De même, quand Mohamed Karim, patriote égyptien, fut condamné à mort pour avoir résisté à Napoléon, il demanda à ses compatriotes de payer sa rançon. Aucun ne leva le petit doigt. Pire, ils le qualifièrent de fauteur de troubles. Napoléon en conclut : « Ce n’est pas pour avoir tué mes soldats que tu seras exécuté, mais pour avoir combattu pour des lâches. »

Ce parallèle historique reflète exactement la douloureuse situation guinéenne. Le peuple souverain de Guinée laisse faire. Les médias se terrent. Les partis politiques font le dos rond. Les syndicats se taisent. Les religieux prient en silence. Le peuple, lui, détourne le regard. L’oubli devient réflexe national, et la résignation, une seconde nature.

Mais à force de laisser briser les voix qui portent l’espoir d’une nation, à force d’ignorer les cris d’alarme, à force de trahir ceux qui osent dire la vérité et défendre l’État de droit, la Guinée creuse sa propre tombe démocratique.

La disparition de Foniké Menguè et Billo Bah n’est pas un fait divers. C’est le symptôme d’un régime qui se radicalise, et d’une société qui abdique. Se taire aujourd’hui, c’est consentir à la forfaiture. C’est cautionner le mal. C’est devenir complice de la dérive.

Rappelons-nous des mots du réformateur syrien Mohamed Rachid Rida : « Se révolter pour un peuple ignorant, c’est s’immoler pour éclairer la route à un aveugle. » À ce rythme, ce peuple ne verra même pas le précipice vers lequel on le mène.

Il est encore temps de dire NON. Il est encore temps de réagir. Pas pour Foniké Menguè et Billo Bah uniquement, mais pour tous les disparus. Pour nous-mêmes, et pour la nation tout entière. Car un jour viendra où ce silence que l’on croit aujourd’hui confortable deviendra notre propre prison à ciel ouvert… pour encore des décennies.

 

Mamoudou Babila KEÏTA

Journaliste d’investigation

Éditorialiste. Voix libre en exil.