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Viol et mort de M’Mah Sylla : au-delà de Mmah, le sort de toutes ces femmes qui souffrent en silence… (Saliou SAMB)

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Très rarement, un viol collectif, suivi de la mort d’une femme, n’a suscité autant d’émotion en Guinée. Mmah Sylla, illustre inconnue jusque-là, abusée, empoisonnée par toutes les substances qui lui ont été injectées et poussée à l’avortement par des personnes se réclamant du corps médical, a connu un destin tragique. Très mal en point avant son départ pour Tunis, la jeune dame a finalement rendu l’âme, loin de son pays et des siens…

On a connu le scandale du stade du 28 septembre, en 2009, où plus d’une centaine de femmes ont été sauvagement violées, voire mutilées ou tuées. On a connu le cas de cette dame commerçante, victime d’un viol collectif à Siguiri et subissant des pressions de sa propre famille, l’obligeant à fuir à Conakry où elle a livré un terrible et glaçant témoignage à la presse. Il y a aussi tous ces cas relayés quasiment tous les mois par les journalistes, dénonçant les mêmes pratiques sordides, parfois pédophiles, aux quatre coins de la Guinée.

Il y a, avant tout, cette violence banalisée contre le sexe (dit) faible que l’on peut observer au coin d’une rue ; avec un gaillard rouant de coups une jeune fille sous prétexte que c’est sa « petite amie », devant des passants stoïques. Certains ont même poussé le vice jusqu’à les déshabiller en public, sous les applaudissements d’une foule hystérique, incluant des enfants !

Il y a aussi cet encouragement à la culture du viol, avec tous ces mariages précoces imposés à d’innocentes jeunes filles à peine pubère, offertes comme des marchandises à des adultes sans aucune once de morale, dans l’indifférence quasi-générale. Toutes les nuits, celles-là sont pourtant violées ! Rares sont ceux qui ont le courage de dénoncer ce fait ignoble. Est-ce si difficile d’interdire le mariage de filles mineures (donc de moins de 18 ans) et d’appliquer sévèrement la loi contre ces égoïstes aux idées moyenâgeuses ? Qu’attend-on pour agir ?

Il y a également toutes ces plaintes rangées dans les tiroirs parce que le violeur est membre de la famille qu’il ne faut surtout pas exposer cette dernière à la « honte » et au « déshonneur », comme si les actes irresponsables d’un homme qui a le diable dans le pantalon, peuvent engager l’honneur d’une famille. Ce n’est pas pour rien qu’on assiste, dans ce cas de figure, à des récidives de la part de prédateurs sexuels !

Il y a enfin tous ces hommes qui profitent de leurs privilèges ou de leur position de pouvoir pour se livrer sans vergogne au chantage contre leurs proies, violées entre quatre murs, et qui, par honte ou par peur, n’osent jamais en parler. Cerise sur le gâteau des bourreaux, il semble évident que les prisons ne sont pas aussi étanches pour les voleurs de poules que pour les violeurs qui en ont les moyens !

Saliou Samb