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Une correspondante de TV5 Monde expulsée d’une rencontre publique au Burkina Faso

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Les activistes opposés à l’influence de la France en Afrique ne devraient pas faire des journalistes travaillant pour des médias internationaux francophones des boucs émissaires, et les autorités du Burkina Faso devraient faire en sorte que tous les membres de la presse puissent couvrir librement les événements publics, a déclaré jeudi le Comité pour la protection des journalistes.

Le 14 mai, Fanny Naoro-Kabré, journaliste pour la chaîne internationale francophone TV5 Monde, a été expulsée d’une rencontre publique tenue dans la capitale burkinabè Ouagadougou au cours de laquelle s’exprimait le célèbre activiste franco-béninois Kémi Séba, selon et les médias et Naoro-Kabré, qui s’est entretenue par téléphone avec le CPJ.

La rencontre a été organisée par la Coalition des patriotes Africains du Burkina Faso (COPA-BF), une plateforme de la société civile militant contre la présence militaire française dans la région du Sahel et affiliée à l’organisation panafricaniste de Séba, Urgences Panafricanistes.

Naoro-Kabré était en train de filmer lorsque Séba a pris la parole et a dit : « Nous sommes dans une mobilisation patriotique. Depuis que nous avons commencé cette mobilisation contre la France-Afrique, les médias français n’ont cessé de nous diaboliser, de nous caricaturer, de nous salir », selon une vidéo du rassemblement qui a été publiée sur la page Facebook de la COPA-BF et visionnée par le CPJ.

Puis, s’adressant directement à Naoro-Kabré, Séba a dit : « Avec tout le respect que je vous dois – vous êtes une femme, je vous dois du respect – je vais demander à la sécurité de faire sortir TV5 Monde. Je ne veux pas de TV5 ici. » Séba a souligné que cet acte ne visait pas personnellement la journaliste mais TV5 Monde, car l’activiste ne voulait pas de la présence de médias français qui « ne font que critiquer ses actions », a déclaré Naoro-Kabré au CPJ, ajoutant qu’elle avait volontairement quitté la rencontre après ses commentaires.

« La décision d’interdire à Fanny Naoro-Kabré de couvrir une rencontre d’intérêt public simplement parce qu’elle travaille pour une chaîne française est discriminatoire et constitue une grave atteinte à la liberté de la presse au Burkina Faso », a déclaré Angela Quintal, coordinatrice des programmes Afrique du CPJ, à New York. « Les journalistes devraient être autorisés à couvrir librement les rencontres publiques sans crainte d’être harcelés ou expulsés, quel que soit le média pour lequel ils travaillent. »

Naoro-Kabré a déclaré au CPJ qu’elle avait appelé les organisateurs la veille du rassemblement pour leur dire qu’elle couvrirait la rencontre pour TV5 Monde et que les organisateurs étaient d’accord et qu’elle était la bienvenue. Lorsqu’on lui a demandé de partir, Naoro-Kabré a voulu parler à Séba, mais les organisateurs lui ont demandé de partir « pour ne pas aggraver la situation », selon la journaliste.

Sur son site Web, Urgences Panafricanistes se décrit comme « une organisation africaine, géopolitico-humanitaire spécialisée sur les questions liées à la souveraineté, au néocolonialisme et à la promotion de la justice sociale ». Elle a été fondée en décembre 2015 à Dakar, au Sénégal, avant de s’étendre à l’Afrique francophone et à la Guyane, selon cette même source.

S’entretenant par téléphone avec le CPJ, Idrissa Birba, président de Nouveaux Droits de L’homme, un organisme local de surveillance de la liberté de la presse et des droits de l’homme, a condamné l’expulsion de la journaliste de TV5 de la rencontre, ajoutant : « Quand on est un vrai panafricaniste, on doit éviter ce genre de choses. »

Guézouma Sanogo, président de l’Association des journalistes du Burkina, a déclaré au CPJ par téléphone que l’expulsion de la journaliste de TV5 est « une grave atteinte à la liberté de la presse, [qui a été] chèrement gagnée par le peuple burkinabè, souvent au prix de sacrifices humains ». Sanogo a ajouté que les journalistes travaillant pour des médias français sont souvent considérés comme des boucs émissaires par le gouvernement.

« Cela a souvent été le cas », a déclaré Sanogo au CPJ. « Lorsqu’il y a des attaques, ils sont souvent convoqués au ministère de la Communication lorsque les autorités ne sont pas d’accord avec la manière dont ils traitent l’information. »

Dans un communiqué publié sur le site de TV5 Monde, Yves Bigot, le PDG, a exprimé sa solidarité et son soutien à Noaro-Kabré. Le ministère burkinabé de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme a « regretté » cet acte et réaffirmé son attachement à la liberté de la presse, selon un communiqué. Boris Pingdwendé Guissou, représentant de la COPA-BF et coordinateur national d’Urgences Panafricanistes au Burkina Faso, a demandé au CPJ via une application de messagerie de transmettre ses questions par écrit. Le message du CPJ contenant ces questions a été marqué comme lu mais n’a pas reçu de réponse. Le CPJ a également contacté Séba via une application de messagerie, mais n’a reçu aucune réponse.

CPJt