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Témoignage inédit de Ansoumane Bangoura sur Mory Kanté, icône de la musique africaine

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La vie et le triomphe de Mory Kanté sont frappés au coin de deux aphorismes apparemment antithétiques, mais profondément complémentaires.
Ubi bene, Ibi patria (La patrie, c’est là où l’on se sent bien) disaient les Latins. Mory a déjoué le piège de cet adage en faisant fi des pseudo avantages que lui ont successivement offerts son escapade matinale à Bamako, son séjour abidjanais et son expatriation parisienne.

Bien qu’adulé et grassement traité ici et là, il s’est délesté de tous les passeports d’emprunt pour exciper intimement et fièrement de sa nationalité Guinéenne, de sa Guinéenneté.
Nul n’est prophète chez soi. Si j’ai pu un tant soit peu oublier cette vérité, Mory Kanté et, accessoirement, Cheick Fanta Mady Condé, me l’ont fortement rappelée. L’anecdote que voici est à la fois informative, didactique et cathartique (pour nous guérir de certaines habitudes).

Épisode 1 : Un midi de chaud soleil. Cour du Ministère de l’Information et de la Culture. Mory Kanté suant à grosses gouttes. Moi étonné. Lui plaintif. Il cherche à voir M. le Ministre. En vain. Je m’entremets. Il est reçu par le maître de céans, le Ministre Zaïnoul Abidine Sanoussi.

Épisode 2. Le même jour, dans la soirée. Aéroport de Conakry-Gbessia. Mory Kanté courtois et enjoué en face de Cheick Fanta Mady Condé. “Körö, vous voyagez ?” Oui, répond Fanta Mady, je vais à Paris. Moi aussi, poursuit Mory. La conversation se fait sur le mode de la plaisanterie jusque dans l’avion. L’un, Mory Kanté est respectueusement pris en charge par des hôtesses d’Air France toutes heureuses et honorées de sa présence sur leur vol. Elles l’accompagnent jusqu’à son fauteuil en classe première. L’autre, Cheick Fanta Mady s’entend inviter à chercher sa place en classe économique. L’avion décolle. Mory ne voyant pas son körö en réfère à la chef de cabine. En toute diligence, Fanta Mady se voit gratifié d’une place de prestige à côté de son petit-frère et traité à la même enseigne que lui, c’est-à-dire comme un roi. Le lendemain, arrivée à Paris, aéroport Roissy Charles De Gaulle. “Körö, on vient vous chercher ?” “Non, n’dö, je prends la navette de la compagnie”. Dans ce cas, vous pourriez venir avec moi”. Et ils embarquent dans une voiture de place, une voiture du protocole. Plaque de l’Élysée ! S’il vous plaît ! Au moment de se séparer de son Körö à l’hôtel de celui-ci, Mory le prie d’accepter d’être son invité le soir à une cérémonie dont il ne lui précise ni la nature ni le lieu. Le soir, la même voiture de place. Mory explique à son grand frère qu’ils sont attendus au Palais de l’Élysée où ils arrivent à bonne heure. Aussitôt, descendu de voiture, Mory se voit accueilli à bras ouvert par le Ministre Français de la Culture, Jack Lang qui lui donne des “mon cher Mory ” ponctués de tapes amicales et d’éclats de rire. Le temps de présenter Fanta Mady, tous les trois sont conduits par un préposé du protocole en livrée, à la table du Président de la République Française. Le Chef de l’État exprime à Mory tout le plaisir qu’il éprouve de le recevoir et engage la conversation sur le thème de la culture et du succès planétaire de l’icône Guinéenne de la musique. Ce soir-là, le tout Paris n’en avait que pour Mory Kanté. Le même Mory Kanté qui, la veille, a eu toutes les peines du monde pour voir un ministre dans son pays.

Ansoumane Bangoura

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