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Session inaugurale du CNT : voici le discours du président Dr Dansa Kourouma

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Mesdames et Messieurs, honorables membres du Conseil National de la Transition ; Distingués invités, en vos rangs, titres, grades et qualités respectifs.

Louanges à ALLAH LE TOUT PUISSANT, Créateur des cieux et de la terre, Maître de l’univers qui nous a permis de nous retrouver en ce jour béni pour la cérémonie d’installation officielle des membres du Conseil National de la Transition (CNT).

J’ai le plaisir de prendre la parole aujourd’hui devant vous avec un sentiment d’honneur, de fierté mais aussi de responsabilité. L’honneur de l’opportunité qui m’est offerte de servir davantage le peuple guinéen et la fierté de prendre part à la dynamique historique de construction d’une Guinée nouvelle.

Du haut de cette tribune, permettez-moi d’exprimer ma profonde gratitude au Colonel Mamadi DOUMBOUYA, Président du CNRD, Président de la Transition, Chef de l’État, Chef suprême des Armées, pour l’honneur qu’il a fait à la Société Civile guinéenne dans son entièreté, en choisissant ma modeste personne pour présider cette prestigieuse institution, qui fera office d’organe législatif de la Transition.

Ce choix est d’autant plus important que la Société civile incarne et défend des valeurs démocratiques profondes, en respect des termes d’indépendance, de liberté, d’objectivité et de neutralité, le tout pour la défense de l’intérêt national ;

Il s’agit pour moi d’une noble et exaltante mission dans laquelle je m’engage corps et âme, avec toute la détermination, la loyauté et l’engagement citoyen qui commandent.

Par ailleurs, voudrais-je profiter de cet instant solennel pour adresser mes vives félicitations aux 80 autres Conseillers Nationaux qui, comme moi, ont été choisis pour siéger au CNT et je leur dis ô combien j’ai hâte de travailler avec eux en toute humilité dans l’optique de répondre efficacement, ensemble, aux aspirations du peuple, en cette période déterminante de l’histoire de notre pays.

Je suis conscient de l’enjeu mais aussi de la responsabilité qui incombe au Conseil National de la Transition dont j’ai la charge de conduire les destinées aujourd’hui.

Nous sommes une des voix forte et légitime du peuple qui donnera la garantie démocratique faisant foi aux convictions que nous incarnons et à l’espoir de bâtir une Guinée meilleure.

J’ai conscience que le changement radical des mécanismes qui amènent les élites au pouvoir et qui leur permettent de s’y maintenir quasi indéfiniment doit être définitivement résolu. Oui, oui, plus que jamais, nous devons écrire une constitution qui ne sera pas facilement modifiable par les pouvoirs constitués.

Mesdames et Messieurs ;

L’entrée en fonction de ce Conseil National de la Transition se fait à un moment où les guinéens se regardent et s’interrogent sur l’avenir du pays vers lequel ils se projettent. Car les guinéens veulent croire, ils veulent espérer, ils veulent rêver ; malgré les vicissitudes de l’histoire récente de notre nation, qui les pousse au scepticisme et au doute. En effet, ils ont pris l’habitude de trébucher douloureusement sur des obstacles dressés inutilement sur leur chemin par ceux qui avaient été investis de la charge de les conduire vers le bonheur.

Ces dernières années, le peuple éreinté, lassé de manifester, sans succès, excédé face à un exercice révoltant de la puissance publique, s’était fléchi à observer, souffrant en silence, face à une autocratie rampante, qui étouffait, dans ses tentacules, tout espoir de bien-être, de respect des libertés individuelles et publiques.

En effet, à tous les niveaux de la vie nationale, la déliquescence de l’Etat obstruait toute progression vers l’éradication de la pauvreté, de l’indigence dans la perspective d’un développement durable.

Les espoirs suscités par les élections pluralistes se sont vite estompés, cédant imparablement sous les assauts répétés d’un système incapable de prendre ses responsabilités, sourd aux cris de détresse d’un peuple pourtant vaillant, qui lui a, en toute confiance, délégué le privilège de diriger son destin, se gaussant des atermoiements du citoyen.

Sur le plan économique, l’annonce ou l’espérance d’une croissance économique ne s’est pas toujours accompagnée d’une transparente et équitable répartition du revenu ou du patrimoine national. Notre économie agonisant sous la corruption et les mauvais choix politiques ne parvient pas à créer la richesse et la prospérité qui en découle.

Cette posture morale n’a jamais été une préoccupation des tenants du régime.

L’exploitation des fabuleuses richesses minières n’a jamais profité aux guinéens. Les revenus tirés des diverses ressources naturelles et humaines n’ont point servi de tremplin au développement : pas d’eau potable dans un pays où la distance moyenne entre deux fleuves, entre deux rivières, entre deux ruisseaux est insignifiante.

Aussi, l’électricité reste-t-elle encore précaire dans le pays dit « château d’eau de l’Afrique de l’Ouest ». Pas d’infrastructures routières compétitives !

Disposant de plaines fertiles et de bas-fonds innombrables, avec une main-d’œuvre considérable, les populations guinéennes n’en ont tiré aucun bénéfice à cause d’une politique agricole des plus aléatoires et infécondes.

Dans ce pays aux ressources naturelles inestimables, l’observateur peinerait à comprendre la persistance de la disette qui sévit partout, particulièrement en période de soudure.

D’autre part, l’exploitation minière n’a eu aucun impact positif sur la vie des ménages guinéens.

A l’environnement rageusement balafré dans les zones minières, s’ajoute la pollution des rivières et des fleuves, rendant plus sévère la perturbation de la vie des communautés rurales.

Mesdames et Messieurs les Conseillers

Au cours de la Décennie 2011-2021, le peuple de Guinée a vécu des moments douloureux, parce que des milliers de personnes ont perdu la vie, d’autres leur liberté, d’autres encore leurs biens, assistant impuissants à leur destruction.

Comme si cela ne pouvait suffire, la COVID s’est abattue sur nous, endeuillant, elle aussi, de nombreuses familles. Mais on a, jusqu’ici, surmonté toutes les épreuves, les unes après les autres, avec abnégation, persévérance et courage.

C’est une autre occasion solennelle de m’incliner pieusement devant la mémoire des victimes, toutes les victimes tombées dans la marche de notre pays pour sa dignité et la démocratie.

Tous les guinéens, toutes les guinéennes surtout, même dans la division et l’incertitude ont travaillé sans relâche avec l’espoir de bâtir une croissance plus forte, capable de féconder une économie émergente.

L’espoir et, aussi, les promesses mirobolantes ont fait accepter la situation délétère qui s’est peu à peu installée, freinant la réalisation des opportunités exceptionnelles, dont la République de Guinée est providentiellement dotée par Dieu.

Le 05 Septembre, dès l’aurore, des éclats de coups feu annoncent une aube de mutation profonde, elle-même annonciatrice de la volonté de réparer ce qui est brisé, de rénover ce qui est usé, de faire valoir ces opportunités exceptionnelles, pour notre avenir, que recèlent nos immenses richesses naturelles et nos incommensurables potentialités.

Le 05 septembre a donné la preuve que notre unique adversaire demeure la peur, la peur du changement. Cette date doit nous enseigner que le danger qui nous guette est l’immobilisme, le doute, la résignation et l’inaction.

Suite à l’avènement du CNRD au pouvoir, les populations ont exprimé leurs vœux ardents de changement, ce qui a trouvé écho dans les cinq valeurs prônées par le CNRD notamment la refondation de l’État, la rectification Institutionnelle,

et surtout faire de la justice la boussole qui oriente les actions à la fois de l’administration et des administrés.

A cet égard, je pus m’empêcher de témoigner ma grande admiration aux forces de défense et de sécurité réunies au sein du CNRD et à son Président pour le sacrifice qu’ils ont fait de leurs personnes pour le mieux-être du peuple de Guinée et saluer ce brave peuple pour son courage et sa détermination à s’assumer et à assumer son histoire dans un monde de plus en plus contraignant.

C’est pour moi une occasion opportune de rappeler ce passage du discours du Colonel Mamadi DOUMBOUYA devant les forces vives de la nation, je cite « Lorsque nous avons décidé de prendre nos responsabilités, le premier principe que nous nous sommes imposés c’est de ne pas répéter les mêmes erreurs du passé ». fin de citation. Ce principe fondamental doit désormais guider la conduite de chaque guinéenne et guinéen afin d’amorcer la rectification institutionnelle, la refondation de l’État, le rassemblement de tous les Guinéens et le repositionnement de la Guinée sur l’échiquier international.

La présente transition doit nous convaincre qu’elle ouvre le temps, pour toutes les franges des populations guinéennes, de se projeter dans l’avenir, un avenir de liberté pour tous, sans discrimination, ni exclusive.

Il s’agit d’une nouvelle ère qui nous donne la possibilité d’écrire une nouvelle page de l’histoire de notre cher pays la Guinée, pays de la résistance africaine, des valeureux Almamys, des martyrs de la liberté et de la démocratie, des guinéennes et des guinéens morts au champ d’honneur durant ces dernières décennies. Nos pensées vont à eux aujourd’hui et nous nous inclinons devant leur mémoire.

Mesdames et Messieurs les Conseillers Nationaux

La mission qui nous est assignée consiste à poser le socle indestructible d’un Etat qui se met en action et que rien ne pourra arrêter désormais.

Chers collaborateurs, notre chemin sera parsemé d’embûches de toutes sortes que nous sommes appelés à affronter à partir d’aujourd’hui jusqu’à l’installation de la future Assemblée Nationale, à l’issue d’élections crédibles et transparentes qui seront organisées pour mettre fin à la transition.

Pour ce faire, la République nous demande un sens élevé de patriotisme.

Nul besoin de rappeler ce pourquoi nous sommes ici. Nous sommes juste 81 personnes désignées sur plus de 13 000 000 d’habitants. Cela suffit largement pour un don de soi, un sacrifice personnel. En réalité, il n’y a plus de temps à perdre.

Je vous informe que nous serons parfois obligés de travailler même le week-end et aussi à des heures tardives, comme cela se fait souvent dans les parlements lorsque cette nécessité se posera à nous.

Une nouvelle étape de notre bataille pour les objectifs de liberté, de développement durable, nous commandent d’additionner la bonne volonté de tous les citoyens guinéens et de tous ceux qui vivent sur le territoire national et à l’étranger en vue d’imprimer une forte accélération à la marche du Peuple de Guinée vers la prospérité collective, équitablement partagée, car c’est cela le but de la refondation de l’Etat, à laquelle nous allons travailler d’arrache-pied.`

Nous avons vu nos enfants, nos adolescents, nos jeunes adultes consentir, au cours de diverses manifestations, consentir de nombreux sacrifices pour réclamer la justice, l’égalité de traitement, le respect des droits fondamentaux, une nouvelle économie basée sur la création de compétences, sur l’attrait des investissements et sur l’ouverture aux marchés sous-régionaux et internationaux.

Nous avons un retard économique considérable à rattraper, c’est pourquoi, embouchant la trompette du peuple, le CNT va s’employer à élaborer des textes qui promeuvent et élargissent le rassemblement national, qui taisent les frustrations, qui mettront sur la table du dialogue solidaire et d’échanges citoyens tous les sujets qui nous divisent.

Nous devons, en tant que membres du CNT, travailler à apaiser la concurrence mémorielle, atténuer les élans victimaires, en sachant assumer notre histoire.

En acceptant de siéger dans cet organe collégial délibérant, nous devrons, en tous instants, mesurer l’immensité des aspirations des guinéens, comprendre et assumer notre rôle, qui consistera, principalement,

en la rectification institutionnelle, qui mettra chaque guinéen en harmonie avec la nouvelle Guinée.

Ces textes, qui doivent prospérer et se perpétuer dans le temps, témoigneront dans le futur, que nous n’acceptons plus d’être plus pauvres que nos voisins immédiats et lointains.

Il n’y a aucune raison d’accepter cette situation. Nous travaillerons pour une Guinée qui gagne.

C’est ce qu’attendent de nous le Peuple de Guinée et le CNRD, ayant à sa tête le Colonel Mamadi

DOUMBOUYA.

Un Etat refondé, sur les bases de la démocratie, de la gouvernance transparente, du respect de la dignité, de la protection et de la promotion des libertés et droits fondamentaux de l’homme est, encore une fois, une opportunité de nous projeter dans l’avenir.

Notre travail, nous allons l’effectuer en excluant toutes considérations porteuses de clivages déplacés et de divisions factices susceptibles d’influer négativement sur le projet de renouveau national en cours.

Nous veillerons à trouver les meilleures articulations qui vaillent pour la nouvelle Constitution, afin que celle-ci repose désormais sur son inviolabilité par des esprits en proie à la tentation de la mal gouvernance et de ses dérives qui ont causé tant de torts à notre pays.

Dans l’optique du contrôle parlementaire de l’action gouvernementale, nous suivrons méticuleusement la mise en œuvre de la feuille de route du Gouvernement, dans un esprit de reddition des comptes et un souci de perfectionnement de l’action du gouvernementdans le sens de l’amélioration des conditions de vie de nos populations.

Est-il pertinent de rappeler encore, en effet, l’article 2 de la Charte de la Transition a précisé que parmi les missions qu’elle consacre figure, je cite : « la refondation de l’Etat pour bâtir des institutions fortes, crédibles et légitimes, garantissant un Etat de droit, un processus inclusif, apaisé et durable, gage d’un développement social, économique et culturel effectif ». Fin de citation.

L’accomplissement de cette mission, pour réussir la Transition, impose au CNT de l’accompagner des exigences d’une autre mission, celle de, je cite : « renforcement de la cohésion nationale et de poursuite de réconciliation nationale ».

La transition actuelle met en lumière l’importance de la cohésion nationale qui trouve sa source dans toute notre histoire précoloniale, coloniale et postcoloniale. Elle est enracinée dans notre culture, dans nos façons de vivre ensemble. Elle est précieuse et doit être reflétée dans notre volonté d’Unité nationale, à travers nos lois et nos institutions.

Notre action d’aujourd’hui doit permettre de transmettre aux générations futures plus de connaissances sur notre histoire, sur notre culture, sur le fonctionnement de la société guinéenne, afin que chaque citoyen éternise le sentiment d’appartenance indissoluble à la patrie, de fierté et de citoyenneté partagée.

Nous aborderons chaque question, chaque problématique avec la rigueur qu’exigent l’objectivité, l’impartialité et la neutralité de nos fonctions ; mais surtout avec le dessein de faire obstacle, de manière définitive, à toute velléité de répéter les travers douloureux de notre histoire postcoloniale.

Faisons en sorte qu’il n’y ait plus une nouvelle transition, ce sera l’indice de la réussite de nos travaux.

Nous sommes d’autant plus rassurés d’atteindre ces objectifs que de tous temps, face aux jusqu’auboutistes de tous bords, les guinéens ont su dire Non et ont opté pour l’unité et la fraternité. Après avoir séché les larmes, les guinéens ont toujours su se tendre la main, les uns aux autres, et entonné l’hymne de la fraternité.

Au regard des charges qui nous attendent, je vous invite à faire montre d’assiduité, de ponctualité et d’efficacité dans nos différentes instances de travaux.

Afin de faciliter notre immersion, des sessions de renforcement de capacités seront organisées en faveur des conseillers nationaux et de l’Administration parlementaire avec l’appui technique et financier attendu de nos partenaires que je remercie d’avance.

Pour finir, je vous exhorte chers collègues conseillers nationaux à la solidarité, à la tolérance, à l’esprit d’équipe dans le travail et à toujours privilégier l’intérêt supérieur de la nation.

Je ne saurais terminer, sans réitérer mes vifs remerciements à l’égard des Présidents des parlements de Siéra Léone et du Mali pour avoir rehausser de leur présence la présente cérémonie.

Nous comptons sur le soutien de l’ensemble de la communauté internationale, des pays amis et de tout le Peuple de Guinée.

Enfin c’est le lieu et l’occasion de rendre un hommage mérité à une dame, une épouse dévouée et soumise, ma tendre maman, ma complice et protectrice présente dans cette salle du 2 octobre, parce que papa n’est plus là (paix à son âme), merci maman. Et à travers toi, ma chère épouse et toute la famille.

Que Dieu nous arme de courage et de constance pour accomplir pleinement, sereinement notre mission.

VIVE LA PAIX ET L’UNITE NATIONALE !

VIVE LA REPUBLIQUE DE GUINEE !

QUE DIEU BENISSE LA GUINEE ET LES GUINEENS !

Je vous remercie

Dr Dansa Kourouma

Président du CNT