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Les chaînes sénégalaises Sen TV et ZIK FM suspendues 72 heures pour manquements présumés à l’éthique

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Le 31 mars 2022, l’organe de régulation des médias audiovisuels du Sénégal, le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (connu sous son acronyme français CNRA), a annoncé une suspension de 72 heures de toutes les émissions des chaînes locales ZIK FM et Sen TV pour               « manquements répétés à l’éthique » qui enfreignent « les principes d’objectivité, de neutralité, d’équité et d’équilibre », selon un communiqué de presse publié sur le site web de l’organe de régulation.

ZIK FM et Sen TV sont des filiales au groupe de médias privé D-Média, qui appartient à Bougane Guèye Dany, chef de la coalition d’opposition Gueum Sa Bopp.

Les manquements présumés ont été commis lors d’émissions diffusées à l’antenne par Ahmed Aïdara, membre de la coalition d’opposition Yewwi Askan Wi (Libérez le peuple) qui a été élu maire de Guédiawaye, une banlieue de Dakar, en janvier. Au cours de ces émissions, dont plusieurs ont été examinées par le CPJ, Aïdara commente l’actualité quotidienne.

La suspension des chaînes a été levée au bout de trois jours. Le 5 avril 2022, Aïdara a annoncé sa démission de D-Média et a lancé sa propre chaîne YouTube, où il diffuse des contenus similaires. Il est actuellement candidat au poste de député aux élections législatives sénégalaises de juillet, selon les médias.

Auparavant, le 14 mars, le CNRA avait mis en garde D-Média au sujet du contenu de l’émission d’Aïdara, selon une mise en demeure publiée sur le site de l’organe de régulation. Le CNRA a affirmé qu’Aïdara avait violé la règlementation en vigueur pour promouvoir l’objectivité en ne cessant de « faire sa promotion et celle de son bord politique et de dénigrer le côté opposé ou des citoyens ».

Dans une interview accordée le 31 mars à une station de radio locale, la directrice générale du groupe D-Média, Moumy Seck Guèye, a déclaré que la décision du CNRA était « illégale » et qu’elle contesterait les suspensions devant les tribunaux. « La casquette politique [d’Aïdara] ne nous intéresse pas », a ajouté Guèye. « Combien y a-t-il de journalistes politiques dans les médias ? Il y a deux poids, deux mesures. »

Ibrahima Bakhoum, responsable de la communication du CNRA, a déclaré au CPJ par téléphone : « Lorsqu’il y a récidive [d’un manquement présumé], comme c’est le cas [avec D-Média], nous ne perdons pas de temps. »  Le CNRA avait averti les journalistes engagés en politique que le code de la presse et la charte des journalistes sénégalais interdisaient les conflits d’intérêts, a déclaré Bakhoum, ajoutant : « On ne peut pas faire de la politique et être dans la production de l’information ».

Le CPJ a appelé et envoyé des textos à Guèye pour obtenir des éclaircissements sur l’intention de son groupe de presse visant à contester la décision de l’organe de régulation, mais celle-ci n’a pas répondu. Le CPJ a contacté des membres du personnel de Sen TV pour solliciter leurs commentaires sur les suspensions, mais ils ont tous déclaré que Guèye était la seule personne capable de s’exprimer sur la question au nom de l’entreprise.

Les appels et les questions du CPJ envoyées à Aïdara via une application de messagerie sont restés sans réponse.

L’organe de régulation avait déjà imposé une suspension de 72 heures à Sen TV et à une autre chaîne de télévision privée, Walf TV, le 4 mars 2021, selon des médias locaux. Les suspensions visaient les médias qui diffusaient des images de troubles suite à l’arrestation du principal chef de l’opposition, Ousmane Sonko, selon les mêmes sources.

Dans sa décision de suspendre Walf TV, le CNRA a cité la « diffusion répétée d’images de violence » par la station. Le CPJ n’a pas été en mesure d’examiner une copie de la décision de l’organe de régulation de mars 2021 de suspendre Sen TV.

Sen TV et Walf TV ont réussi à poursuivre la diffusion de leurs émissions sur les réseaux sociaux tout au long de cette période de suspension, selon l’examen de leurs pages par le CPJ à l’époque.

Dans une récente interview téléphonique, Moustapha Diop, directeur de Walf TV, a déclaré au CPJ que la chaîne n’avait appris la suspension de mars 2021 que lorsque son signal avait été coupé, la notification officielle ne lui étant parvenue que le lendemain.

En réponse aux questions envoyées par courriel par le CPJ suite aux suspensions de mars 2021, la CNRA avait demandé une rencontre en personne. Le CPJ avait répondu qu’une telle réunion n’était pas possible, et l’organe de régulation n’avait jamais répondu aux questions.

CPJ