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Le président sud-africain Cyril Ramaphosa reconduit à la tête de l’ANC

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L’ANC, parti historique au pouvoir en Afrique du Sud, a reconduit le président Cyril Ramaphosa à sa tête, lui ouvrant la voie à un second mandat de chef d’État, a annoncé, lundi, le Congrès national africain. Embourbé dans un scandale depuis des mois, il avait échappé à une procédure de destitution la semaine dernière.

C’est confirmé. L’ANC, parti historique au pouvoir en Afrique du Sud, a renouvelé sa confiance à l’actuel président Cyril Ramaphosa, lui ouvrant la voie à un second mandat, en dépit d’un scandale au parfum de corruption.

Protégé de Nelson Mandela qui l’avait distingué comme le plus doué de sa génération, Cyril Ramaphosa, 70 ans, a été désigné vainqueur, avec une large avance par les délégués du parti réunis en congrès à Johannesburg : 2 476 voix contre 1 897 pour son unique concurrent et ex-ministre de la Santé, Zweli Mkhize.

Embourbé dans un scandale depuis des mois, Cyril Ramaphosa est accusé d’avoir tenté de dissimuler à la police et au fisc le vol d’importantes sommes en liquide cachées dans l’une de ses propriétés. Affable et populaire, le président sud-africain reste la figure la moins contestée d’un parti divisé et en perte de vitesse. Mardi, il avait échappé à l’ouverture d’une procédure de destitution, le Parlement s’y étant largement opposé à l’issue d’un débat houleux.

L’ANC a imposé un plein soutien à ses élus

Fin novembre, Ramaphosa a été fortement déstabilisé par le rapport d’une commission parlementaire assurant qu’il pourrait avoir enfreint la loi dans le cadre d’un cambriolage de l’une de ses propriétés en 2020, où une importante somme en dollars avait été retrouvée cachée dans un canapé.

Très vite, une question s’était posée : peut-il rester à la tête du pays ? Faute de successeur crédible, l’ANC a imposé à ses élus un plein soutien, en dépit de nombreux tiraillements.

Le président, parfois raillé pour une bonhomie qui dissimule un fin stratège, a succédé au sulfureux Jacob Zuma en 2018, faisant de la lutte contre la corruption une priorité.

Mais une plainte déposée en juin l’accuse de ne pas avoir signalé le cambriolage dans sa ferme de Phala Phala (nord-est) à la police et au fisc. Il n’est pas inculpé, l’enquête de police se poursuit.

Ce scandale, depuis des mois, a fait « douter de sa probité et rappelle qu’il n’est pas un surhomme », estime la politologue Susan Booysen, alors qu’il s’était forgé une image d' »icône du combat » anticorruption.

« Le buffle »

Né le 17 novembre 1952 à Soweto, son père est policier, sa mère au foyer, Cyril Matamela Ramaphosa, de langue minoritaire venda mais aujourd’hui polyglotte, a longtemps convoité la fonction suprême.

Étudiant en droit, il milite contre l’apartheid et passe onze mois à l’isolement en prison. Il se tourne vers le syndicalisme, rare moyen légal de combattre le régime raciste. En 1982, il fonde le puissant syndicat des mineurs qui fait trembler le pouvoir blanc à coup de grèves massives.

Après sa sortie de prison en 1990, Ramaphosa agit aux côtés de l’icône Nelson Mandela et contribue à la transition démocratique. Candidat à la présidence de l’ANC en 1999, le parti lui préfère toutefois Thabo Mbeki.

Il s’éloigne alors de la politique, se tourne vers les affaires et bénéficie de la politique d’émancipation économique des Noirs. Avec sa holding Shanduka, un temps propriétaire des licences locales de McDonald’s et Coca-Cola, Ramaphosa fait fortune et figure parmi les plus grandes fortunes africaines dans le classement du magazine américain Forbes.

Marié trois fois, son épouse actuelle Tshepo Motsepe est la sœur du patron du football africain Patrice Motsepe. Il est père de cinq enfants et nourrit une passion pour l’élevage de bovins rares, qui lui vaudra d’être surnommé « le buffle ».

Mécontentement croissant dans le pays

En 2012, il est administrateur d’un groupe minier quand il réclame l’intervention de la police contre des grévistes. À Marikana, 34 sont tués dans la plus grande fusillade policière depuis l’apartheid.

Cette ombre ne l’empêche pas de revenir en politique, d’abord comme vice-président de l’ANC en 2012, puis du président Jacob Zuma en 2014. Ce qui lui vaudra plus tard d’être critiqué pour avoir gardé le silence et ne pas avoir agit pendant cette période de corruption.

Patient et fin négociateur, il prend enfin la tête de l’ANC en 2017. Une fois Zuma évincé l’année suivante, il prend les rênes du pays.

Sa gestion de la crise du Covid-19 est saluée à l’étranger, mais Cyril Ramaphosa, en dépit d’une forte popularité, fait face à un mécontentement croissant dans le pays, nourri par le chômage, de fortes inégalités et des coupures d’électricité chroniques.

Avec AFP