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La détresse de Sékou Bembeya Diabaté, une blessure mémorielle qu’il faut penser !(Khalil Kaba)

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Le virtuose de la guitare, chef de l’orchestre africain du siècle, le mythique Bembeya Jazz National, menacé D’#EXPULSION. Pour qui connaît le passé élogieux et glorieux de l’homme, dira que c’est une decision regrettable qui tord le coup à l’histoire nationale.

L’ apport de Sékou Bembeya DIABATÉ au rayonnement de la culture nationale est incommensurable. Il est l’inventeur d’un style unique qui nourrit et inspire aujourd’hui tous les guitaristes du continent Africain. Lyrique, sensuel, constamment inspiré, égale à B.B KING.

Qui ne se souvient pas des nombreuses médailles raflées par Diamond fingers et son groupe au compte de la Guinée lors des festivals organisés un peu partout en Afrique (Algérie, Nigeria, Congo, Sénégal etc…) ?

Cet homme qui, aujourd’hui, a ses 78 ans révolus, ne mérite pas un tel sort. Sous d’autres cieux , il aurait bénéficier d’un meilleur traitement au regard de tout ce qu’il a apporté comme valeur ajoutée à la nation. La Guinée a le devoir de se souvenir de ses icônes, de ceux et celles qui ont fait don de se soi pour son épanouissement culturel, politique et sociale.

Que les nouvelles autorités relisent l’histoire afin d’accorder une vie décente à Sekou Bembeya DIABATÉ. Il le merite a tout bout de champs. patriotisme ne se monnaie pas par l’humiliation.
Préserver l’honneur et la dignité des citoyens en général et des grandes figures importantes de notre récit national en particulier est un impératif pour chaque État .

Voici quelques bribes d’informations sur la biographie de l’homme , histoire d’éclairer lames lanterne de ceux qui ignorent tout de Sekou Bembeya.

Natif de Thiro, dans la région de Faranah en haute Guinée, Sékou Diabaté est un autodidacte formé dès l’enfance à la tradition. Issu d’une famille d’artistes (Djely), qui jouaient le balafon et la guitare traditionnelle mandingue, il a su se forger très tôt du talent avec ces deux instruments, avec l’aide de son père.

En 1959, l’artiste fait ses premiers pas à Conakry, en maniant la guitare moderne avec l’aide de son cousin Papa Diabaté, allias  » Grand Papa  » pour les intimes, qui l’aidera par la suite à intégrer l’orchestre du Syli, premier orchestre Guinéen.

En 1961, Sékou fait sa première soirée avec l’orchestre de Kankan, en se faisant remarquer par l’expression de son talent de guitariste dont beaucoup parleront les jours suivants. C’est avec ce début de succès qu’Emile Condé, gouverneur de Beyla à l’époque, de passage à Kankan, propose à Sékou d’aller à Beyla. C’est ainsi que la vie de Sékou va changer car une fois à Beyla, il intègre le Syli orchestre qui était en manque de soliste et qui deviendra plus tard Bembeya (le nom d’une rivière qui traverse la ville de Beyla).Sékou nourrit des ambitions et devient le guitariste soliste et le pivot central de l’orchestre qui a révolutionné la musique urbaine de l’Afrique de l’ouest, à l’époque des indépendances. Pour réussir ses ambitions, il adopte un style unique, inimitable, reconnaissable entre tous, en s’inspirant à la fois de la kora et du balafon, deux instruments rois de la musique mandingue, mais aussi des musiques modernes captées à la radio très écoutée, comme tous les jeunes de sa génération. Il réussit une synthèse personnelle au service d’une identité musicale très forte. Le Bembeya, qui est formé en 1961, devient très vite le groupe phare de la Guinée et le préféré de Sékou Touré , premier président de la République de Guinée. Son succès, son rayonnement, mais aussi son influence sur tous les orchestres du continent africain sont connus. Il les doit largement à ses chanteurs dont le regretté Aboubacar Demba Camara (mort dans un accident à Dakar) et surtout aux solos flamboyants et lyriques de son guitariste Sékou Diabaté.

En 1977, la prestation de Sékou Bembeya oblige les journalistes, lors du Fespac de Lagos, à lui donner le surnom de  » Diamond Fingers  » qui signifie  » les doigts de diamant  » . Meilleur guitariste au festival des arts panafricains, Sékou est aussi talentueux que modeste. Sékou Diabaté a peu enregistré sous son nom. Il n’a seulement que quatre albums. Les versions limpides et élégantes de Guitare de ”Diamond Fingers” font de lui un musicien mur, en pleine possession de ses moyens. Un guitariste qui n’étale jamais sa virtuosité, mais privilégie les couleurs de sa guitare dont il aime à dire, avec humour, qu’elle est  » la seule femme de sa vie « .

Par Khalil KABA