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Kenya : comment stopper les violences policières ?

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Des images et des vidéos de policiers kenyans brutalisant un étudiant lors d’une récente manifestation à l’Université d’agriculture et de technologie Jomo Kenyatta ont largement circulé sur les réseaux sociaux et ont provoqué un tollé général. Les officiers impliqués ont été rapidement suspendus et font l’objet d’une enquête. Et selon une récente enquête menée par l’Independent Policing Oversight Authority, les abus de la police au Kenya ont «significativement augmenté » au cours des six dernières années.

Des violences banalisées

Plusieurs centres de justice sociale à Nairobi soulignent également que les violences policières ont empiré. Ils ont documenté une recrudescence du harcèlement policier. Ils ont rapporté que cela sévit dans de nombreux quartiers, généralement les plus pauvres de Nairobi, où les policiers font habituellement des descentes dans les maisons et procèdent à des arrestations aléatoires. Tout cela a réaffirmé la perception des Kenyans qui considèrent que les dérives policières ne sont pas exceptionnelles ; elles sont plutôt structurels. Ce constat est loin d’être récent ou nouveaux. Les efforts de transformation de la police kenyane se poursuivent depuis le début des années 2000, mais semblent avoir eu peu d’impact.

L’année dernière, j’ai mené des recherches sur la réforme de la police et j’ai interviewé des policiers en poste dans diverses parties de Nairobi. Il est devenu évident que diverses formes de mauvaise conduite étaient interprétées comme faisant partie du travail quotidien de la police. Mes résultats font écho à des recherches menées dans d’autres pays qui prétendent que le problème réside dans les cultures policières. Chez certaines forces de police, un certain modus operandi cultive et perpétue des attitudes qui tolèrent diverses formes de mauvaise conduite. Aussi, souvent un sentiment d’impunité s’installe. Comme je l’ai constaté dans mes recherches, de nombreux policiers considéraient leur mauvaise conduite comme faisant partie de leur travail et certains refusaient le changement. De plus, plusieurs policiers avaient peur de dénoncer leurs collègues.

Tentatives de réforme

Une série de mesures, d’interventions, de nouvelles structures et de nouvelles lois ont été introduites au cours des 20 dernières années afin de créer un service de police démocratique et responsable qui ne soit ni politisé ni impliqué dans la criminalité. La réforme de la police avait été un élément crucial du programme du gouvernement du président Mwai Kibaki entre décembre 2002 et avril 2013. À l’époque, beaucoup considéraient la police d’État comme un instrument de contrôle, par et pour l’élite politique. En 2004, un groupe de travail sur la réforme a été créé par la police d’État. Le programme de réforme était ambitieux et global. Mais cela ne s’est pas traduit par des changements substantiels. Pour preuve les violences généralisées après les élections présidentielles de 2007-2008, dans lesquelles la police était profondément impliquée. Une enquête a conclu que 1133 personnes étaient décédées et que plus de 400 de ces décès étaient le résultat des actions de la police.

Quelques années plus tard, des modifications législatives plus concrètes ont suivi. Cela comprenait la loi sur les services nationaux de police, publiée pour la première fois en 2011. Cela impliquait de transformer les forces de police en services de police et a entraîné un large éventail de changements, y compris ceux de l’organisation et de la structure de commandement. Plus précisément, les changements ont porté sur l’unification de deux unités de police auparavant distinctes afin d’améliorer la collaboration et de fournir un meilleur service. En outre, deux organes de contrôle ont été créés. Pour les mécanismes de contrôle interne, l’Unité des affaires internes a été créée en vertu de la loi sur les services de police nationaux. Elle est chargée de traiter les (mauvais)
comportements de la police en interne et, bien qu’elle soit censée agir en tant qu’organe indépendant, son directeur relève de l’inspecteur général (IG). L’objectif principal de l’unité est de recevoir et d’enquêter sur les plaintes déposées contre des policiers.

Par ailleurs, l’Autorité indépendante de surveillance de la police a été créée. Elle est tenue d’enquêter sur les fautes commises par la police, en particulier les décès et les blessures graves causés par la police ; d’examiner le fonctionnement des procédures disciplinaires internes ; de surveiller et d’enquêter sur les opérations de police et le déploiement, et de mener des inspections des locaux de la police. Ces deux organes de contrôle ont été créés pour assurer le suivi des policiers dans leur quotidien. À cela s’ajoutaient une série d’autres initiatives, telles que le contrôle des policiers et la refonte d’un programme de police communautaire. Des groupes de justice sociale, ainsi que plusieurs autres organisations de défense des droits de l’homme qui forment le Groupe de travail sur la réforme de la police (PRWG-Kenya), ont soutenu bon nombre de ces tentatives de réforme de la police. Malgré tous ces efforts, la brutalité policière continue.

Les réponses se trouvent chez la police elle-même

Comme mes recherches l’ont révélé, plusieurs policiers ont déclaré qu’ils avaient peur de s’exprimer par peur des répercussions. S’exprimer peut conduire à l’isolement et à l’exclusion. Cela peut également entraîner le refus de promotion ou une sanction pure et simple, comme la mutation dans une zone difficile. Un autre facteur, celui de la solidarité, semble également jouer. L’enquête de l’Autorité indépendante de surveillance de la police a également indiqué que les policiers se couvrent souvent les uns les autres lorsqu’ils sont impliqués dans des délits.

La solution pour mettre fin à la brutalité policière repose donc, en grande partie, sur la police elle-même, depuis la haute direction au simple employé au bureau de l’accusation. En termes simples: les agents doivent se rendre compte que la violence policière est carrément l’expression d’une mauvaise police. Pour y parvenir, un changement de mentalité doit se produire. Cela nécessite un soutien extérieur, de donateurs et de la société civile, par exemple. Une surveillance supplémentaire pourrait être utile, comme cela est appliqué par les deux organes de contrôle. Pourtant, le changement doit essentiellement être conduit de l’intérieur. Les policiers doivent commencer à considérer leur mauvaise conduite comme préjudiciable plutôt que bénéfique. Cela peut être favorisé, par exemple, par une refonte des programmes de formation, mais cela exige essentiellement un leadership inspirant qui pénalise les fautes professionnelles et envoie un signal fort à tous les officiers.

Tessa Diphoorn, professeure assistante à l’Université d’Utrecht, Pays-Bas. Article initialement publié en anglais par African Liberty – Traduction réalisée par Libre Afrique (Version élaguée) – Le 23 décembre 2019.

Article publié en collaboration avec Libre Afrique.

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