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Gambie: le gouvernement prêt à faire juger l’ex-dictateur Jammeh

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Le gouvernement de Banjul se dit prêt à faire juger, en Gambie même, l’ancien dictateur Yahya Jammeh et les principaux responsables de son régime. Le ministère de la Justice dit avoir accepté les recommandations soumises en novembre dernier par la commission qui a enquêté sur les crimes commis sous l’ancien régime.

Dans la salle de presse de l’énorme centre international de conférence de Banjul, le ministre de la justice, Dawda Jallow met fin à l’attente des victimes. « Sur les 265 recommandations proposées par la commission vérité, le gouvernement n’en a rejeté que deux, le reste des recommandations seront donc implémentés, d’une manière ou d’une autre. »

Parmi ces recommandations, celles de poursuites judiciaires à l’égard de Yahya Jammeh et 69 de ses complices. L’ancien dictateur a d’ailleurs été abordé un peu plus tard lors de la conférence de presse.

« L’ancien président Yahya Jammeh devra faire face à la justice. Les modalités sur comment nous allons y arriver, nous y travaillons, nous travaillons sur une stratégie de poursuite judiciaire sur laquelle nous vous informerons. Dans tous les cas, le président Jammeh devra répondre pour les atrocités qu’il a commis dans ce pays. »

Parmi les autres recommandations fortes validées par le gouvernement d’Adama Barrow, on retrouve l’interdiction pour toutes personnes mentionnée dans le rapport de servir dans la fonction publique ; la promesse de plus d’argent pour les réparations faites aux victimes ainsi que la mise en place d’un tribunal spécial en Gambie.

Soulagement

C’est un soulagement pour les victimes qui se sont déplacées en nombre ce mercredi 25 mai. Le gouvernement accepte donc toutes les recommandations de la Commission vérité en ce qui concerne les poursuites judiciaires. Au total, 70 personnes sont concernées, dont évidemment l’ancien président Yahya Jammeh.

Point sensible pour les victimes : la Commission vérité avait recommandé l’amnistie pour l’un des principaux responsables, l’ancien lieutenant Sanna Sabally. Le gouvernement fait ici un choix de fermeté par rapport aux responsables de ces crimes.

Pour la suite du processus, une autre commission va être créée par le gouvernement. Elle va prendre la suite de la Commission vérité et sera chargée d’identifier d’autres victimes potentielles et quelles aides pourraient être apportées.

Niveau symbolique, l’Arche 22 qui est le principal monument à Banjul, va être renommé par le slogan « Never again » (« plus jamais »), qui était une devise assez importante de la société civile lors de la campagne qui a mené à la fuite de Yahya Jammeh.

Au sortir de ces annonces, il règne une atmosphère de victoire, ici, du côté des victimes et de la société civile. Mais ce qui reste à voir, ce sont les détails du plan du gouvernement pour mettre vraiment en œuvre cette justice transitionnelle ici en Gambie.

Enlèvements, exécutions…

Yaya Jammeh est accusé de nombreux crimes commis pendant les 22 années passées au pouvoir. Enlèvements, crimes, exécutions sommaires… de 1994 à 2017, Yaya Jammeh a dirigé la Gambie d’une main de fer. Plusieurs ong l’accusent d’avoir fait torturer ou emprisonner des opposants et de simples citoyens. Avec deux outils redoutables : la NIA, le service de renseignement; et le « junglers », un groupe paramilitaire, rattaché à la présidence, soupçonné d’avoir commis de nombreuses violations des droits de l’homme.

En février 2017, c’est notamment grâce aux anciens présidents Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, et Guinéen, Alpha Condé, qu’un accord est trouvé pour que Yaya Jammeh accepte de s’exiler en Guinée équatoriale, suite à son échec à la présidentielle.

Même si Yaya Jammeh laisse ponctuellement fuiter ses opinions à travers certains cadres de son parti, l’ancien président est jusque-là, resté en retrait, évitant de commenter la saisie de ses biens, estimés à 400 millions de dollars. Silence radio également lorsqu’en septembre 2020, le département américain impose des sanctions économiques contre son épouse Zineb Jammeh.

RFI