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Emprisonné 17 ans au Cameroun, Michel Thierry Atangana lutte pour sa réhabilitation en France

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Près de sept ans après avoir été libéré d’une geôle à Yaoundé, où il a passé 17 ans pour « détournements de fonds », le Français d’origine camerounaise Michel Thierry Atangana se bat pour être officiellement réhabilité et retrouver une « existence normale ».

Son histoire a donné lieu à un livre, « Otage judiciaire« , co-écrit avec l’écrivaine Anna-Véronique El Baze, sorti le mois dernier (éditions Cherche Midi). Et elle a inspiré des propositions pour améliorer la sécurité des Français à l’étranger, sous forme d’amendements au projet de loi sur la confiance dans la justice examiné à partir de lundi à l’Assemblée nationale.

« Sept ans après ma libération et mon retour en France, je vis une situation toujours très éprouvante », raconte M. Atangana à l’AFP. « Mes comptes sont toujours bloqués, je n’ai pas la possibilité de travailler, je me heurte à des murs. Ce que j’ai vécu, une ‘détention arbitraire’ reconnue par l’ONU, aurait dû me permettre d’obtenir tout de suite une reconnaissance. Je n’imaginais pas avoir à faire ce long parcours de négociations, de palabres », ajoute l’ancien ingénieur.

« Je n’en sors pas, je tourne en rond. Je suis toujours un coupable aux yeux de l’administration, et je suis privé d’existence sociale et économique depuis près de 25 ans », raconte-t-il, des éclats de fébrilité dans la voix.

Envoyé au Cameroun en 1994 par son employeur pour des projets routiers, Michel Atangana avait été arrêté et condamné en 1997 à 15 ans de prison pour des détournements de fonds publics, qu’il a toujours niés. Selon ses soutiens, il payait sa proximité avec un opposant au président Paul Biya.

Dans des conditions jugées scandaleuses par la défense, il avait de nouveau été condamné à 20 ans en octobre 2012 pour les mêmes faits, avant d’être libéré -mais pas innocenté- en février 2014, après de longues années de silence sur son cas.

En 2013, le groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire avait demandé sa libération et son indemnisation. Le président socialiste français François Hollande avait publiquement jugé sa détention « inadmissible« . Dès 2005, le département d’Etat américain l’avait inscrit sur la liste des prisonniers politiques dans le monde.

1.200 Français détenus

« Michel Atangana a été abandonné par l’Etat français », estime Pierre-Alain Raphan, député LREM (majorité présidentielle) auteur des propositions sur l’amélioration de la sécurité des Français à l’étranger.

« A l’heure actuelle il y a 1.200 Français enfermés à l’étranger, et près de la moitié le sont sans cause connue. Il y a parmi eux des touristes, des entrepreneurs, des étudiants… ça peut arriver à tout le monde », explique-t-il à l’AFP.

« Quand les victimes ont la chance de pouvoir rentrer en France, elles ont le droit de demander réparation. Or, très souvent, comme ces cas sont très complexes, le juge va leur demander de prouver qu’elles ont été victimes de détention arbitraire, d’enlèvement ou de tortures ».

La principale proposition du député est de faire admettre les avis des groupes de travail de l’ONU sur la détention arbitraire, les enlèvements ou la torture, comme des éléments de preuve acceptés par la justice française, afin d’accélérer le parcours de réhabilitation et d’indemnisation.

« Nos propositions serviront à des gens comme Benjamin Brière (détenu en Iran depuis un an pour « espionnage »), Fabien Azoulay (condamné en 2018 à 16 ans de prison en Turquie pour détention de stupéfiants et qui s’est dit victime de violences en prison) », poursuit M. Raphan.

Aider les Français lorsqu’ils reviennent, mais aussi les protéger en amont. « Je trouve la diplomatie française parfois timorée, en comparaison des Russes ou des Américains, qui font bien comprendre qu’il ne faut pas toucher un cheveu de leurs ressortissants », déclare M. Raphan, tout en admettant avoir reçu une oreille attentive du gouvernement et de la présidence à ses propositions.

« Ce que j’ai vécu ne doit plus se reproduire », martèle Michel Atangana, qui se remémore entre autres « l’humiliation » d’avoir eu à payer son billet d’avion de retour en France après sa libération.

« J’ai 25 ans de souffrance derrière moi. Je veux que cela soit dit officiellement, que cela soit acté, pour que je puisse reprendre le cours normal de mon existence », lâche-t-il.

AFP

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