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Côte d’Ivoire : Hambak en « holocauste expiatoire »

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Après le décès brusque de Amadou Gon Coulibaly en juillet dernier, la Côte d’Ivoire vient de perdre dans un bref intervalle, un autre Premier ministre, Hamed Bakayoko, décédé le mercredi 10 mars dernier, à Fribourg en Allemagne, des suites d’un cancer des voies digestives. Triste nouvelle pour le landerneau politique ivoirien, en ces temps plus ou moins troubles où le cujus avait entamé un dialogue politique fécond entre opposition et majorité qui avait débouché sur un scrutin législatif apaisé et inclusif, mais aussi et surtout triste occurrence pour la Côte d’Ivoire entière, au regard de la sympathie que l’homme drainait au sein des couches sociales, toutes catégories confondues.

C’est que Hambak, comme le surnommait ses compatriotes, avait su par sa générosité et son ouverture d’esprit, ratissé au-delà de son camp politique, pour se faire aimer par ses adversaires les plus résolus, qui louaient ce sens du consensus et n’hésitaient pas à discuter sans a priori avec lui, convaincus qu’ils étaient, qu’à défaut de donner une suite favorable à leurs desiderata, il ne trahirait aucunement ceux-ci et œuvrerait toujours à arrondir les angles. Au niveau des autres couches sociales, principalement du « petit peuple », il apparaissait comme le papa bonheur, attentif et aux petits soins pour les uns et les autres et n’hésitant pas à « descendre dans un garbadrome » (restaurant populaire), malgré son rang pour y déguster le plat national, à savoir l’attiéké au thon. Ivoirien jusqu’au bout des ongles donc lui, qui adorait aussi les folles nuits abidjanaises au cours desquelles en compagnie de ses nombreux amis artistes, il écumait les pistes de danse, à travers des phases de coupé-décalé ou de ndombolo. Un fils du pays donc bien ancré, dans sa culture, dont la mort aussi cruelle et brusque qu’elle soit, devrait offrir à la Côte d’Ivoire, l’occasion unique de réaliser sa catharsis sociale réelle pour permettre au pays de s’attaquer résolument aux questions de développement et de progrès partagé et d’espérance pour tous les Ivoiriens.

Ce serait enfoncer une porte ouverte, que d’affirmer que depuis l’élection « calamiteuse » de Laurent Gbagbo (les mots sont de l’ex-président lui-même) en octobre 2000, la Côte d’Ivoire souffre d’un déficit de paix et de concorde civiles. Entre la parenthèse de sang de la période 2002-2007 (refermée grâce à l’accord de paix de Ouagadougou entre Gbagbo et Soro) et l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara en 2011, après un affrontement sanglant entre ses partisans et ceux de Laurent Gbagbo, la lagune Ebriée a charrié beaucoup de cadavres d’innocentes personnes, qui voulaient juste un peu de pain et de liberté.

Cependant, nombre de leaders politiques et de la société civile ont été contraints à l’exil pour sauver leurs vies. C’est dire, que si la vitrine de la démocratie ivoirienne se présente sous un beau jour, l’arrière- cœur, elle, est jonchée de linge sale que la famille devra s’atteler à laver, pour la débarrasser de ces miasmes qui empestent l’atmosphère dans le pays. Et pour nous, les obsèques à venir du « golden boy », Hamed Bakayoko devraient offrir cette heureuse occurrence. Pour ce faire, il faudra que le premier des Ivoiriens, Alassane Ouattara, dont le désarroi et le trouble-face à cet enchaînement macabre doivent être grands, prenne sur lui, pour permettre à ses principaux opposants que sont Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, Charles Blé Goudé… tous proches du défunt d’assister à ces funérailles, afin que le pays dans une communion d’esprit et de corps pose les premiers jalons de la réconciliation nationale. La tragédie des peuples révèle les grands hommes (Thomas Sankara) et Ouattara trouve l’occasion de rentrer au panthéon de l’histoire ivoirienne, lui qui y figure déjà en bonne place. En tous les cas, puissent les mânes des ancêtres et la vie d’Hambak éclairer les uns et les autres, afin que le pays retrouve l’ordre, l’harmonie et la paix qu’il offrait en partage au temps du Bélier de Yamoussokro, Nana Félix Houphouët-Boigny.

Boubacar SY in Sidwa.info

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