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Climat des affaires au Maroc : une bonne nouvelle pour l’économie?

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Le gouvernement d’Al Othmani est aux anges suite au nouveau classement du Maroc dans l’indice de facilité de faire des affaires (Doing business, DB 2020), où le pays est passé de la 60ème place à la 53ème, en conservant son premier rang en Afrique du Nord, et son troisième rang en Afrique. Il se rapproche ainsi de son objectif d’intégrer le top 50 d’ici 2021. S’agit-il pour autant d’une bonne nouvelle pour l’économie et les entreprises marocaines ?

Une avancée grâce à des réformes tangibles

En 10 ans la progression de l’économie marocaine dans ce classement a été substantielle puisqu’il a gagné 75 places (de 128ème en 2010 à 53ème en 2020) grâce à 31 réformes.  Et c’est grâce à la continuité des réformes que le Maroc a réussi le dernier bond de 7 places dans le DB 2020. Ainsi, un système automatisé pour l’attribution des affaires aux juges a été mis en place ce qui a facilité l’exécution des contrats, de même qu’un système de paiement électronique des redevances portuaires et la suppression des démarches de transit sur support papier et l’extension des heures de travail dans le port ont permis d’accélérer les opérations de commerce transfrontalier. La réduction du taux de l’impôt sur les entreprises en adoptant un système progressif d’imposition des sociétés, a permis au Maroc d’atteindre le 24ème rang mondial de l’indice de performance fiscale. Le Maroc s’est amélioré également dans plusieurs indicateurs, notamment la gestion et la délivrance des permis de construire avec une nouvelle version de la plate-forme électronique pour la gestion numérique des permis de construire, l’accès à l’électricité avec une meilleure connectivité du réseau électrique.

Il est indéniable qu’il s’agit d’une bonne nouvelle car ce gain de sept places dans le classement du Doing Business (DB), s’inscrit dans une tendance positive depuis quelques années où le Maroc avance constamment. Ce nouveau classement signifie en principe moins de tracasseries administratives, moins de coût et moins de temps à passer pour se conformer aux lois et réglementations, et plus de confiance dans le climat des affaires.

Au-delà du classement dans le Doing business

Ceci dit, il faudrait tempérer les ardeurs de certains, notamment le chef du gouvernement qui commence à rêver d’émergence. Malheureusement l’on ne peut pas sérieusement considérer le Maroc comme émergent ou même en cours d’émergence avec des taux de croissance faméliques ne dépassant pas les 3,5% en moyenne ces cinq dernières années, et qui plus est stérile en termes d’emplois avec un taux de chômage fleuretant avec les 10% au niveau national, et celui des jeunes atteignant les 41,6% dans le milieu urbain. Si la corrélation entre le classement dans le Doing business et la croissance économique via les investissements aussi bien locaux qu’étrangers est établie théoriquement, il n’en demeure pas moins qu’elle n’est pas encore forte et bien établie dans le cas du Maroc. En témoigne le fait que, depuis plus de 20 ans, le volume des IDE est resté dans une fourchette comprise entre 2,5 à 3,5 milliards de dollars. En ce sens, la performance dans le Doing business est nécessaire, mais demeure insuffisante, et ce pour plusieurs raisons.

D’abord, parce que le classement du Doing Business, bien qu’important, ne couvre pas tous les paramètres influençant la décision d’entreprendre et d’investir, notamment la taille critique du marché, les indicateurs macroéconomiques, la qualité de gouvernance qui sont pris en considération par les investisseurs étrangers. Les investisseurs locaux également ont plus les yeux braqués sur le taux de croissance qui peine à décoller en raison de rigidités et de pesanteurs institutionnelles et structurelles aussi bien sur le plan politique, économique et social.

Ensuite, il faudrait savoir que les investisseurs ne sont pas sur un pied d’égalité face au climat des affaires. D’une part, il y a une « discrimination » de traitement entre les investisseurs nationaux et les investisseurs étrangers et chez les locaux entre les champions nationaux et la majorité du tissu productif constitué de PME et TPE.

D’autre part, il faudrait rappeler que  le DB pour le Maroc est évalué au niveau de Casablanca, ce qui veut dire que le classement national est souvent différent des classements régionaux, ce qui explique aussi les disparités dans l’allocation des investissements qui sont souvent concentrés dans l’axe Casa-Rabat-Tanger où le climat des affaires est plus favorable que dans d’autres régions. Enfin, il subsiste plusieurs points noirs où le Maroc est mal classé, ce qui pénalise son attractivité pour les IDE mais aussi décourage l’entrepreneuriat local. Ainsi, l’obtention de prêt est toujours compliqué avec une 119ème place, le transfert de propriété plus cher avec le 81ème rang (l’enregistrement des biens immobiliers dans notre pays coûte dix fois plus cher qu’à New York et cinq fois plus cher qu’en Egypte) ; l’exécution des contrats 60ème rang où il faut en moyenne compter 420 jours avant d’espérer un verdict dans une affaire immobilière, alors que 300 jours est le délai maximal) ; le commerce transfrontalier (58ème) et le règlement de l’insolvabilité (73ème). Autrement dit, le Maroc accuse un retard conséquent au moins sur la moitié des critères du DB.

Au final, la performance est encourageante et à saluer, néanmoins il faudrait accélérer le rythme d’exécution des réformes, notamment au niveau des points noirs évoqués afin d’améliorer le climat des affaires et inciter davantage nos entrepreneurs à se projeter dans des investissements plus productifs, créateurs de plus de richesse et d’emplois. L’amélioration du climat des affaires devrait s’inscrire dans le cadre d’une approche globale visant à hausser la qualité des institutions aussi bien économiques que politiques.

Hicham El Moussaoui, Professeur HDR, Université Sultan Moulay Slimane (Maroc).

Article publié en collaboration avec Libre Afrique.

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