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Blick Bassy convoque la mémoire d’Um Nyobè

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Quelques mois après l’avoir remis en lumière lors d’un spectacle présenté dans le cadre du festival Africolor, le Camerounais Blick Bassy prolonge et développe son hommage à Um Nyobè, figure dérangeante de l’indépendance, sur son quatrième album 1958.

Un séjour au Cameroun, il y a deux ans, a tout déclenché :  « Le chaos économique, politique et social dans lequel se trouve mon pays m’a obligé à me dire qu’il fallait que je comprenne », se rappelle Blick, installé en France depuis plus d’une décennie. La pensée et les écrits d’Um Nyobè se trouvaient au bout de cette quête qui interroge en profondeur le rapport quasi mimétique à l’Occident depuis la décolonisation, du modèle politique à la notion de développement, en passant par l’éducation. « Qui a dit que c’était la direction à prendre et pourquoi ? », demande le chanteur guitariste originaire du pays bassa.

S’il a décidé de consacrer tout un album au leader indépendantiste et figure de l’Union des populations du Cameroun, c’est non seulement pour participer à la réhabilitation de ce personnage assassiné par les forces françaises en 1958 – d’où le titre de l’album – et dont il a longtemps été interdit d’évoquer le seul nom, mais aussi parce que ses analyses et ses valeurs l’ont touché, au-delà de la lutte pour la décolonisation. « Son vrai combat, c’était l’égalité entre humains. L’indépendance était une étape. Pour avancer, il était important que l’on reparte de nos croyances, de nos traditions qui nous imposent une réalité », explique-t-il.

Pour s’imprégner, Blick s’est plongé dans les livres, comme ceux de son compatriote Achille Mbembe, historien philosophe spécialiste d’Um Nyobè. Mais comme d’habitude chez lui, au moment de concrétiser ses idées, tout part des compositions qui lui viennent à l’esprit. « À partir du moment où tout mon corps, mon cerveau, ma mémoire entrent en mode création, j’entends tout ce qui m’entoure en musique. Tout me renvoie à des mélodies », décrit le quadragénaire, qui se souvient avoir eu « carrément peur » en découvrant ces dispositions inattendues.

Une fois encore, il s’est retrouvé avec près de 200 morceaux sur les bras. Et l’impossibilité de les apprécier aussi objectivement que possible. La sélection est le résultat d’une démarche bien rodée, qui met à contribution une dizaine de personnes de son entourage à laquelle il soumet une cinquantaine de titres…

Les onze chansons retenues in fine sont liées entre elles par les thématiques qu’elles abordent : « Je commence par Ngwa parce que je parle à Um Nyobè, je lui rappelle pourquoi il est important pour moi », indique Blick. Sur certaines, comme Mpodol, un des surnoms du personnage central de l’album, une voix de vieil homme se fait par moments entendre. « Ça représente le patriarche, qui nous prévient ou se rappelle le bon vieux temps. C’est un témoin, un regard extérieur lors des différents tableaux que je peins », poursuit celui dont le précédent disque, en 2016, était baptisé Akö, précisément en référence aux anciens. À l’époque, il s’était aussi inspiré du bluesman américain Skip James. Partir d’un personnage est un mécanisme qu’il affectionne donc, un moyen qu’il a trouvé « pour parler d’actualité, rappeler la réalité ».

Entouré par une poignée de musiciens (violoncelle, trompette, trombone, claviers) qui posent un cadre aussi léger que nuancé autour de sa voix et de sa guitare, Blick Bassy sait donner du relief à son chant tout en douceur. Entre les éléments, l’équilibre trouvé est d’une stabilité apaisante. Une sensation d’intimité qui dépasse paradoxalement le personnel pour tendre vers l’universel.

Source: RFI

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